Cela arriva plus d'une fois k Voltaire
8. Voltaire fut historiograplm de France de 1745 à 1750. l'Hisloire de la guerre de 1711, qui fit partie plus tard dti Siècle de Louis XV, fut volée par le marquis de Ximénès, et imprimée en iibi^ à Paris.
jlevuat deux notaires la conlron- | 9. Le Libraire Prieur.
VOLTAIRE
de mon tombeau. Mais que conclurai-je de toutes ces tribulations? Que je ne dois pas me plaindre; que Pope, Descartes, Bayle, le Camoens, et cent autres, ont essuyé les mêmes injustices, et de plus grandes; que cette destinée est celle de presque tous ceux que l'amour des lettres a trop séduits.
Avouez en effet, monsieur, que ce sont là de ces petits malheurs particuliers dont à peine la société s'aperçoit. Qu'importe au genre humain que quelques frelons pillent le miel de quelques abeilles? Les gens de lettres font grand bruit de toutes ces petites querelles, le reste du monde les ignore ou en rit.
De toutes les amertumes répandues sur la vie humaine, ce sont là les moins funestes. Les épines attachées à la littérature et à un peu de réputation ne sont que des fleurs en comparaison des autres maux qui, de tout temps, ont inondé la terre. Avouez que ni Cicéron, ni Varron, ni Lucrèce, ni Virgile, ni Horace, n'eurent la moindre part aux proscriptions. Marins était un ignorant; le barbare Sylla, le crapuleux Antoine', l'imbécile Lépide, lisaient peu Platon et Sophocle; et pour ce tyran sans courage. Octave Cépias, surnommé si lâchement Auguste, il ne fut un détestable assassin que dans le temps où il fut privé de la société des gens de lettres.
Avouez que Pétrarque et Boccace ne tirent pas naître les troubles de l'Italie; avouez que le badinage de Marot n'a pas produit la Saint-Barthélémy, et que la tragédie du Cid ne causa que les troubles de la Fronde. Les grands crimes n'ont guère été commis que par de célèbres ignorans*. Ce qui fait et fera toujours de ce monde une vallée de larmes, c'est l'insatiable cupidité et l'indomptable orgueil des hommes, depuis,Thamas-Kouli-kan*, qui ne savait pas lire
1. Sylla écrivit des Mémoires, et Antoine alla étudier l'éloquence en Grèce.
-' La ihèf^e âc Voltaire n'est
plus vraie que celle do J.-J.
Li-soau. L'inslrucliou Dar elle-
même n'a ni une influence romiptriée ni une vertu moralisatrice.
3. Madir-Chah, ouTliamasp-Kou« li-Kham (1fi88-1747), de conducteur de chameaux et brigand, devint roi de l'erse, t'n la guerre heureuse-
jusqu'à un commis de la douane, qui ne sait que chiffrer. Les lettres nourrissent l'âme, la rectifient, la consolent ; elles vous servent, monsieur, dans le temps que vous écrivez contre elles : vous êtes comme Achille, qui s'emporte contre la gloire, et comme le P. Malebranche, dont l'imagination brillante écrivait contre l'imagination*.
Si quelqu'un doit se plaindre des lettres, c'est moi, puisque, dans tous les lieux, elles ont servi à me persécuter; mais il faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait, comme il faut aimer la société dont tant d'hommes méchans corrompent les douceurs; comme il faut aimer sa patrie, quehjues injustices qu'on y essuie; comme il faut aimer et servir l'Etre suprême, malgré les superstitions et le fanatisme qui déshonorent si souvent son culte.
M. Gliappuis m'apprend que votre santé est bien mauvaise ; il faudrait la venir rétablir dans l'air natal, jouir de la liberté, boire avec moi du lait de nos vaches, et brouter nos herbes.
Je suis très philosophiquement et avec la plus grande estime, etc.