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(jne personne ne peut donner. Le Tasse et l'Arioste vous rendront plus de services cjue moi, et la lecture de nos meilleurs poètes vaut mieux que toutes les leçons; mais, puisque vous daignez de si loin me consulter, je vous invite à ne lire que les ouvrages qui sont depuis longtemps en possession des sulfrages du public, et dont la réputation n'est point équivoque. 11 y en a peu, mais on profite bien davantage en les lisant, qu'avec tous les mauvais petits livres dont nous sommes inondés. Les bons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qu'il en faut, ne le recherchent jamais, pensent avec bon sens, et s'expriment avec clarté. Il semble qu'on n'écrive plus qu'en énigmes. Rien n'est simple, tout est aflecté ; on s'éloigne en tout de la nature, on a le malheur de vouloir mieux faire que nos maîtres.
Tenez-vous-en, mademoiselle, à tout ce qui plaît en eux. La moindre affectation est un vice. Les Italiens n'ont dégénéré, après le Tasse et l'Arioste, que parce qu'ils ont voulu avoir trop d'esprit; et les Français sont dans le môme cas. Voyez avec quel naturel Mme de Sévigné et d'autres dames écrivent; comparez ce style avec les phrases entortillées de nos petits romans ; je vous cite les héroïnes de votre sexe, parce que vous me paraissez faite pour leur ressembler. 11 y a des pièces de Mme Deshoulières* qu'aucun auteur de nos jours ne pourrait égaler. Si vous voulez que je vous cilc des hommes, voyez avec quelleclarté,quelle simplicité notre Hacine s'exprime toujours. Chacun croit, en le lisant, qu'il dirait en prose tout ce que Racine a dit en vers. Croyez (jue tout ce qui ne sera pas aussi clair, aussi simple, aussi élégant, ne vaudra rien du tout.
Vos réilexions, mademoiselle, vous en apprendront cent luis plus que je ne pourrais vous en dire. Vous verrez que
t. M«»« Deshoulières (1037-161)4), euncinie de Hacitie et admiralricc de Piadoii, est pourtant dans ses vers une précieuse, connue dit Boiloau. « Reste de ces espiils jadis si renonuiiés || Que d'un coup do
sou art ^lolière a renversés. » Cependant en un sens Voltaire a rnison : il y a souvent, dans les lili/llcs de M™» Deshoulières, à dél'aul de sim|>licité, une grande sia cûrilé de seiitini*>ni.
LETTRES ÛU DIX-HUITÎÈME SIÈCLE.
nos bons écrivains, Fénelon, Bossuet, Racine, Despréaux, employaient toujours le mot propre. On s'accoutume à bien parler, en lisant souvent ceux qui ont bien écrit ; on se fait une habitude d'exprimer simplement et noblement sa pensée sans eflbrt. Ce n'est point une étude; il n'en coûte aucune peine de lire ce qui est bon, et de ne lire que cela; on n'a de maître que son plaisir et son goût.
Pardonnez, mademoiselle, à ces longues réflexions; ne les attribuez qu'à mon obéissance à vos ordres.
J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.