LES LANGUES ANCIENNES
A Madame la marquise dd Deffand.
A Colmar, le 19 mai 1754.
^avez-vous le latin, |madame? Non; voilà pourquoi vous me demandez si j'aime mieux Pope qu'^ Virgile. Ah ! madame, toutes nos langues modernes sont sèches, pauvres, et sans harmonie, en comparaison de celles qu'ont parlées nos premiers maîtres, les Grecs et les Romains. Nous ne sommes que des violons de village. Comment voulez-vous d'ailleurs que je compare des épîtres à un poème épique, aux amours de Didon, à l'embrasement de Troie, à la descente d'Énée aux enfers?
Je crois VEssai sur l'Homme, de Pope, le premier des poèmes didactiques, des poèmes philosophiques; mais ne mettons rien à côté de Virgile. Vous le connaissez par les traductions; mais les poètes ne se traduisent point. Peuton traduire de la musique? Je vous plains, madame, avec le goût et la sensibilité éclairée que vous avez, de ne pouvoir lire Virgile. Je vous plaindrais bien davantage si vous lisiez des Annales*, quelque courtes qu'elles soient. L'Alle-