COMPLIMENTS ET VERITES
A Frédkric h.
Aux Délices, près de Genève, le 9 février 1759.
11 y a longtemps que je vous dis que vous êtes l'homme le plus extraordinaire qui ait jamais été. Avoir l'Europe sur les bras *, et faire les vers que V. M. m'envoie* est assurément une chose unique! Mais, que j'en fasse après les vôtres'! Vous vous moquez d'un pauvre vieillard. Il n'y a qu'un frère et un héros capable d'un tel ouvrage, je ne suis ni l'un ni l'autre. Vous en savez trop pour ne pas savoir que tout sentiment est fade en comparaison de l'enthousiasme de la nature. La place où l'on est dans ce monde ajoute encore beaucoup au sublime, et quand le cœur s'exprime dans un homme de votre rang, il faut être fou pour oser parler après lui. N'insultez point, s'il vous plaît, à la misère de l'imagination paralytique d'un homme de soixante et cinq ans, environné des neiges des Alpes, et devenu plus i froid qu'elles. Tout ce qu'il y aurait à faire pour l'édificationH
faisait soutenir l'impossibililé des faits trop inattendus ou extraordinaire ; les plus grandes théories et les plus grandes découvertes étaient ainsi hors de la portée de son intelligence.