Des vers faits dans un camp
disait Frédéric, qui les envoya à la margrave de Baireuth un mois avant sa mort. La margrave mourut le 14 octobre 1758.
3. 11 demandait à Voltaire d'élever un monument digne de sa sœur. Voltaire fit VOde sur la mort de S. A. S. Jf la princesse de liaireuik.
du genre humain, ce serait de faire imprimer les tendres et sublimes vers qui seront à jamais le plus beau mausolée que vous puissiez élever à noire digne sœur; mais je me donnerai bien de garde d'en lâcher seulement une copie sans la permission expresse de V. M. Vos victoires, voire célérilé à la façon de César, vos ressources de génie dans des temps de malheur, vous feront sans doute un nom immortel; mais croyez que cet ouvrage du cœur, ces vers admirables qu'aucun autre homme ne pourrait faire, ajouteront à votre gloire personnelle autant pour le moins qu'une bataille. Si V. M. dit : J'ordonne, j'obéirai ; mais je prolesterai contre mon ridicule. Encore un mot. Sire, sur ce sujet. Une ode régulière dans ma maudite langue exige trois mois d'un travail assidu, pour être passable. A l'égard des brimborions* dont j'avais parlé, je les aurais surtout demandés, si quatre ou cinq cent mille hommes prévalaient contre vous, si vous étiez seul, réduit à votre courage et à votre supériorité sur les autres hommes; mais si vous continuez à être la terreur de trois ou quatre nations, à nettoyer en deux mois trois ou quatre provinces d'ennemis, d'être le plus puissant prince de l'Europe par vous-même, alors ce serait à V. BI. à me les offrir. Je me suis fait un tombeau entre les Alpes et le mont Jura; j'y ai deux seigneuries considérables*, qui sont aux yeux d'un roi des taupinières. Je n'ai nulle envie de briller aux yeux de mes paysans; un cœur seul demandait ces marques de votre souvenir, et les méritait. Je vous regarderai, Sire, comme le plus grand homme de l'Europe; mais je n'ai besoin de rien que du souvenir de ce grand homme, qui, au bout du compte, m'a arraché à ma patrie, à ma famille, à mes emplois, à mes charges, à ma fortune et qui m'a planté là.
J'atlends la mort tout doucement. Tracassez bien, Sire, votre illustre et glorieuse et malheureuse vie, et puissiezvous enfin goûter le repos, qui est le seul but de tous les
Toyés. Frédéric fit la sourde oreille.