Le marquis de Schom])crg
î. L'Académie, en 1765, ne
donne que villette, « très petite ville».
3. Grammairien italien (1581- 1647), professeur de langOe toscane
i.. harangue à l'Académie de la Crusca", fait tant valoir l'a vantage exclusif d'exprimer corM/o, cor6c//ï7?o, en oubliant (jne nous avons des corbeilles et des corbillons.
Vous possédez, monsieur, des avantages bien plus réels, crlui des inversions, celui de faire plus facilement cent bons vers en italien, que nous n'en pouvons faire dix en rraiiçais. La raison de cette facilité, c'est que vous vous p. rinettez ces hiatus, ces bàillemens de syllabes que nous proscrivons; c'est que tous vos mots, finissant en a, e, i, o, vous fournissent au moins vingt fois plus de rimes que nous n'en avons, et que, par-dessus cela, vous pouvez encore vous passer de rimes. Vous êtes moins asservis que nous à l'hémistiche et à la césure; vous dansez en liberté, et nous dansons avec nos chaînes.
Mais, croyez-moi, monsieur, ne reprochez à notre langue ni la rudesse, ni le défaut de prosodie, ni l'obscurité, ni la sécheresse. Vos traductions de quelques ouvrages français prouveraient le contraire. Lisez d'ailleurs tout ce que MM. d'Olivet et Dumarsais* ont composé sur la manière de bien parler notre langue; lisez M, Duclos; voyez avec combien de force, de clarté, d'énergie, et de grâce, s'expriment MM. Dalembert et Diderot. Quelles expressions pittoresques emploient souvent M. de BufTon et M. Helvétius, dans des ouvrages qui n'en paraissent pas toujours susceptibles '
Je finis cette lettre trop longue par une seule réflexion. Si le peuple a formé les langues, les grands hommes les perfectionnent par les bons livres; et la première de toutes !• s langues est celle qui a le plus d'excellens ouvrages.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, avec beaucoup d'estime pour vous et pour la langue italienne, etc.
à Florence, auteur d'un ouvrage intitulé : Délia lingua toscana, libri II.
1. L'Académie de te Crusca fut fondée au xvi* s. : ses règlements furent afrèlés en 1587. Elle donna le premier Dictionnaire critique de
la langue italienne. Elle existe encore aujourd'hui, reconstituée eu 1811 par Napoléon.
2. Dumarsais (1676-1756), grammairien, auteur du Traité des Tropes. — D'Olivet cf. p. 120, n. i et p. 160.— Duclos : cf. p. 409, n. 6,