‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 121 sur 558 · Séaèque a beaucoup varié sur l'immortalité de l'Ame · texte numérisé non relu

Séaèque a beaucoup varié sur l'immortalité de l'Ame

est ridicule, dit-on, et impossible que l'homme se puisse donner quelque chose, quand la foule des astres ne se donne rien. C'est bien à nous d'être maîtres absolus de nos actions et de nos volontés, quand l'univers est esclave.

Voilà une bonne chienne de condition, direz-vous. Je souffre, je me débats contre une existence que je maudis et que j*aime; je hais la vie et la mort. Qui me consolera? qui me soutiendra? La nature entière est impuissante à me soulager.

Voici peut-être, madame, ce que j'imaginerais pour remède. Il n'a dépendu ni de vous, ni de moi de perdre les yeux,, d'être privé de nos amis, d'être dans la situation où nous sommes. Toutes nos privations, tous nos sentimens, toutes nos idées sont des choses absolument nécessaires. Vous ne pouviez vous empêcher de m'écrire les très philosophiques et très tristes lettres que j'ai reçues de vous; et moi je vous écris nécessairement que le courage, la résignation aux lois de la nature, le profond mépris pour toutes les superstitions, le plaisir noble de se sentir d'une autre nature que les sots, l'exercice de la faculté de penser, sont des consolations véritables. Cette idée, que j'étais destiné à vous représenter, rappelle nécessairement dans vous votre philosophie. Je deviens un instrument qui en affermit un autre, par lequel je serai affermi à mon tour Heureuses les machines qui peuvent s'aider mutuellement.

Votre machine est une des meilleures de ce monde. N'estil pas vrai que, s'il vous fallait choisir entre la lumière et la pensée, vous ne balanceriez pas, et que vous préféreriez les yeux de l'âme à ceux du corps? J'ai toujours désiré que vous dictassiez la manière dont vous voyez les choses, et que vous m'en fissiez part, car vous voyez très bien et vous peignez de même.

J'écris rarement, parce que je suis agriculteur. Vous ne vous doutez pas de ce métier-là, c'est pourtant celui de nos premiers pères. J'ai toujours été accablé d'occupations assez frivoles qui engloutissaient tous mes momens ; mais les plus agréables sont ceux où je reçois de vos nouvelles,

el où je peux vous dire combien votre âme plaît à la mienne et à quel point je vous regrette. Ma santé devient tous les jours plus mauvaise. Tout le monde n'est pas comme Fontenelle. Allons, madame, courage, traînons notre lien jusqu'au bout.

Soyez bien persuadée du véritable intérêt que mon cœur prond à vous et de mon très tendre respect*.

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