CORNEILLE ET RACINE
A Madame la marquise on Deffand.
A Ferney, 1" juillet 17G4.
Vous avez vu, madame, par ma dernière lettre, que le caractère de Jean-Jacques' est aussi inconséquent que ses ouvrages. J'espère que Mme la maréchale» de Luxembourg' me rendra la justice de croire que je ne hais point un homme qu'elle protège, et que je suis bien loin de persécuter un homme si à plaindre. Il n'a même été persécuté que pour des sentimens qui sont les miens* et je serais une âme bien noire et bien sotte de vouloir avilir une philosophie que j'aime et de faire punir un homme accusé précisément des choses qu'on m'impute.
J'aime mieux vous parler de Corneille que de Rousseau; j'avoue encore que j'aime mille fois mieux Racine. Faitesvous relire les pièces de ce dernier, si vous ne les savez pas par cœur; et vous verrez si, après avoir entendu dix vers, vous n'aurez pas une forte passion de continuer. Dites-moi si au contraire le dégoût ne vous saisit pas à