‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 125 sur 558 · SUR LES MOYENS D'ETRE HEUREUX · texte numérisé non relu

SUR LES MOYENS D'ETRE HEUREUX

A Madame la marquise du Deffand.

Aux Délices, 3 octobre 1704.

Il y a huit jours que je suis dans mon lit, madame. J'ai envoyé chercher à Genève le livre que vous voulez avoir*, et qui n'est qu'un recueil de plusieurs pièces dont quelquesunes étaient déjà connues. L'auteur est un nommé Dubut, petit apprenti prêtre huguenot. Je n'ai pu en trouvera Genève; j'ai écrit à Mme de Florian.

Je n'ai pas moins d'indignation^ que vous de voir qu'on m'impute ce petit livre, farci de citations d^s Pères du second et du troisième siècle. Il y est question du Targum deç Juifs : la calomnie me prend donc pour un rabbin; mais la calomnie est absurde de son naturel; et, tout absurde qu'elle est, elle fait souvent beaucoup de maî. Elle m'a attribué ce Uvre auprès du roi, et cela trouble ma vieillesse, qui devrait être tranquille. La nature nous fait déjà assez de mal, sans que les hommes nous en fassent encore.

Cette vie est un combat perpétuel ; et la philosophie est le seul emplâtre qu'on puisse mettre sur les blessures qu'on reçoit de tous côtés : elle ne guérit pas, mais elle console, et c'est beaucoup.

Il y a encore un autre secret, c'est de lire les gazettes. Quand on voit, par exemple, que le prince Ivan* a été

Page 1