‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 13 sur 558 · POUR ENGAGER UN POETE A LUI ADRESSER DES VERS · texte numérisé non relu

POUR ENGAGER UN POETE A LUI ADRESSER DES VERS

A Monsieur de La Motte*.

Vous assurez que je n'aurai point de vers de votre façon, et moi je soutiens que j'en aurai : nous verrons qui aura raison de nous deux. Vos excuses sont pleines d'esprit, mais eUes ne me convainquent pas. Quand j'approuverais vos vers, dites-vous, ce ne serait pas tout à f;iit votre compte; maissavez-vous si je ne ferais que les approuver, et s'ils ne produiraient pas encore plus d'effet que votre prose? Vous prétendez que l'expression est trop gênée par la mesure et par la rime*; ne dirait-on pas que vous n'avez jamais exprimé des sentimens de cette façon? Vos ouvrages vous donnent le démenti. Vous ajoutez que vous ne voulez pas qu'on puisse dire : Ce ne sont là que des vers, et peut-être le cœur iiy a-t-il point départ. Mais vous n'ignorez pas que lorsqu'on voit dans vos pièces les sentimens d'honneur et de générosité si bien exprimés, tout le monde s'écrie que pour les rendre aussi parfaitement il faut les sentir. Si vous dites qu'un certain respect est plus difficile à exprimer que le reste, je vous opposerai contre vos propres vers, et j'appellerai en témoignage encore vous les héros de vos tragédies'. Mais venons à votre dernière raison que vous croyez triomphante. Vousditesque lorsque vous écrivez

1. Lamolte- lloudart, l'aulcur à'hiés de Castro cl des Fables, fut avec Foutenelle l'iiomine d'esprit le plus renommé des premières auniies du xvm* s. Il fré(|uoiilail surtout le salon de M"*de Luniijcrl.

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