‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 12 sur 558 · ANNE-LOUISE-BENEDICTE DE BOURBON · texte numérisé non relu

ANNE-LOUISE-BENEDICTE DE BOURBON

c Mme la duchesse du Maine, à l'âge de soixante ans, n'a encore rien acquis par l'expérience : c'est un enfant de beaucoup d'esprit; elle en a les défauts et les agrémens.... Sa provision d'idées est faite.... Tout examen est impossible à sa légèreté, et le doute est un état que ne peut supporter sa faiblesse. Son catéchisme et la philosophie de Descartes sont deux systèmes qu'elle entend également bien.... Elle croit en elle de la même manière qu'elle croit en Dieu et en Descartes.... Elle dit ingénuement qu'elle a le malheur de ne pouvoir se passer des personnes dont elle ne se soucie point : elfectivemeni elle le prouve.... Sa plaisanterie est noble, vive et légère.... On n'a point de conversation avec elle ; elle ne se soucie pas d'èlre entendue ; il lui suffit d'être écoutée.... Elle a passé sa vie à rassembler des plaisirs et des amusemens de tout genre; elle n'épargne ni soin ni dépense pour rendre sa cour agréable et brillante.... Elle a de la hauteur sans fierté, le goût de la dépense sans générosité, de la religion sans piété, une grande opinion d'elle-même sans mépris pour les autres, beaucoup de connaissances sans aucun savoir, et tous Ic-s empressemcns de l'amitié sans en avoir les senlimens. »

Le pis de ce lerrible portrait, c'est qu'il est ressemblant, et Mme de Staal aurait pu y ajouter encore que cette petite-fille de grand Condé eut de l'ambition sans avoir ni l'intelligence des affaires, ni même le génie de l'intrigue, ni rien autre chose qu'un amour-propre que fascinait l'éclat extérieur du pouvoir. Quand la découverte de la conspiration de Cellamare eut coupé court à toutes ses visées ambitieuses, la duchesse du Maine ne songea plus qu'à mener au milieu de sa petite cour, à Sceaux et à Anet, l'existence la plus agitée, et la plus vide. Elle avait beaucoup d'esprit, mais de cet esprit qui ne sert pas à envelopper ou à exprimer la pensée. Du moins écrivait-elle avec une netteté et un choix exact de termes, qui rappellent le style du siècle précédent.

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