‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 16 sur 558 · I. — L'ESCLAVAGE DES COURS A Madame la marquise ou Deffand · texte numérisé non relu

I. — L'ESCLAVAGE DES COURS A Madame la marquise ou Deffand

Sorel*, samedi 20 juillet 1747.

Je lus avant-hier votre lettre, ma reine, à S. A*. Elle était dans un accès de frayeur du tonnerre, qui ne fit pas valoir vos galanteries. J'aurai soin une autre fois de ne vous pas exposer à l'orage. Nous nagions ces jours passés dans la joie, nous nageons à présent dans la pluie. Nos idées, devenues douces et agréables, vont reprendre toute leur noirceur. Par-dessus cela est arrivé, depuis deux jours, à notre princesse un rhume avec de la fièvre : ce nonobstant et malgré le temps diabolique, la promenade va toujours son train. Il semble que la Providence prenne soin de construire pour les princes des corps à l'usage de leurs fantaisies, sans quoi ils ne pourraient attraper âge d'homme * Je suis réduite, comme vous voyez, ma reine, à vous entretenir du beau temps et de la pluie; mais que faire de tout ce que nous avons ici? Une Ribérac, trois Castellane, deux Caderousse, deux Malezieu*, un Villeneuve et sa femme, puis les gens de la maison. Vous tireriez peut-être quelque chose de tout cela : pour moi les bras me tombent, et je ne trouve rien à ramasser. Je fis pourtant, ces jours passés, une promenade avec Gruchet, qui me dit grossièrement des choses assez fines : cela me fit remarquer combien les moins clairvoyans pénètrent avant dans le caractère de leurs maîtres.

En dépit d'un troisième orage plus violent que les deux

1. Sorel, à une lieue d'Anet, sur une hauteur qui dominait l'Eure.

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