‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 168 sur 558 · Lettres familières écrites · texte numérisé non relu

Lettres familières écrites

die en 1739 et 17-10 (Didier,

. :.t;; i- édit. 1885). VÈtude bio-

yrnpkique mise par M. Coloinlt en

lèle de ceUe édition m'a tervi }>our

la notice et les notes biographique».

— Voltaire et le Président de Brosses, correspondance inédite, piiliiiéc par Th. Foisset (Didier 1885, in-8*).

ser la liberté jusqu'à l'incrédulité. Le scepticisme tapageur n'était pas son fait et il détestait le scandale. C'était un homme de bon ton, de tenue parfaite jusque dans ses plus grandes gaietés et ses plus fortes audaces ; il aimait par-dessus tout la libre conversation intime, à bâtons rompus, entre amis, où tout se dit en souriant, sans appuyer, sans enfler le ton, et surtout où rien ne passe la porte.

Il avait une érudition- solide et universelle. L'histoire, les voyages, la mythologie, l'archéologie, la philologie, la physiologie rien ne lui était étranger, et il a écrit sur tous les sujets. Ce n'est pas un écrivain de métier, ni un savant méthodique. Il écrit comine il cause, semant partout des réflexions fines, des idées neuves, original jusque dans ses erreurs. Son chef-d'œuvre, ce sont ces Lettres familières qu'il écrivit d'Italie à ses amis de Dijon en 1739 et 4740, quand il alla ramasser les matériaux de son grand travail sur Sallusle. Ce sont bien des lettres intimes, où de Brosses revit tout entier, un de Brosses jeune, plus exubérant, d'une gaieté qui va parfois jusqu'à la gaillardise, plus irrévérent et plus libre dans ses propos, d'une curiosité universelle, qui s'étend en tous les sens, et s'intéresse à tout, arts, lettres, mœurs, cuisine. De Brosses est un excellent observateur : ce qu'il a peint c'est bien toute l'Italie de ce temps-là. Non seulement il parle des antiquités, des monuments, des chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture en homme de goût, avec un enthousiasme délicat, louant et critiquant en toute sincérité, selon son impression personnelle, qui le plus souvent est juste : mais il a vu les Italiens en Italie, et au contraire de presque tous les voyageurs, qui ne regardent que les musées et les collections, il a regardé les hommes. Il s'y est intéressé et il a merveilleusement fixé les traits multiples et singuliers de l'âme italienne du xvin» siècle. Je ne sais que Stendhal qui donne aussi vivement la sensation de ce qu'est un Italien et de toute la différence qui le sépare d'un Français. Et tout cela est écrit dans le meilleur style français d'avant Chateaubriand, avec une aisance négligée, d'un trait juste et rapide, avec une précision de dessin qui grave profondément les choses, et n'a pas besoin de la couleui* pour en exprimer la vie.

Les Lettres écrites d'Ilatie n'ont peut-être pourtant pas contribué autant à sauver de l'oubh le nom de président de Brosses que ses démêlés avec Voltaire. On sait que Voltaire, voulant avoir plus d'un asile, ou, comme il disait, plus d'un Ipiiiiiii, .iprès

jire établi à Monnon près de Lausanne et aux Délices près de

Genève, loua à vie ou acheta les terres de Tournay et de Ferncy

situées en France à peu de distance de la frontière : il pouvait

ainsi braver l'autorité genevoise et le ministère français, et se

liérober à tous les coups. Le comté de Tournay appartenait au

président de Brosses : après avoir bien disputé, chipoté sur le

bail, Voltaire se mit à user du domaine en propriétaire, mais en

' avais propriétaire, et pas du tout en père de famille, coupant

bois auxquels il ne devait pas toucher, et saccageant la pro-

■té. Le Président ne disait mot, se contentant de faire vérifier

;it du domaine, et attendant en paix la mort de son locataire

I ur se faire indemniser du dommage. Mais un caprice inattendu lie Voltaire fit éclater la guerre : il lui prit fantaisie de ne point payer quatorze moules de bois, que le président lui avait fait livrer sur sa demande par son marchand de bois. On ne saurait 'liro combien il eut à cœur de ne pas payer ces quatorze moules,

ivec quelle incroyable subtilité d'imagination il soutint que

tait un cadeau du président. En vain celui-ci disait-il : a On

envoie du gibier à un ami, mais où a-t-on vu un honnête homme

olTrir quatorze moules de bois? La belle galanterie! » On plaida.

Voltaire dut payer. Il ne le pardonna jamais au président,

iitant que celui-ci avait, quand il voulait, la dent assez dure.

liaiis le débat épislolaire qui s'engagea, l'avantage de l'esprit

II tst pas toujours du côté de Voltaire, qui déjà n'avait pas celui 1 bon droit, et il lui fallut s'entendre dire de fâcheuses vérités,

iigées avec une modération flegmatique qui en doublait la ce. Voltaire prit sa revanche, peu glorieusement du reste, et - quatorze moules de bois furent cause que le président n'entra I mais à l'Académie française.

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