‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 181 sur 558 · VERTE SEMONCE · texte numérisé non relu

VERTE SEMONCE

A Voltaire.

(Fin d'octobre 1771)

Souvenez-vous, monsieur, des avis prudens que je vous ai ci-devant donnés en conversation, îorsqu'en me racon-

1. Il veut parler de sa disserta- une comédie faite de scènes délation sur le Culte des dieux Fé- chées et indépendantes, qu'on relie tiches, qui parut en 1760 à Ge- par le lil d'une intrigue telle nève, sans nom d'auteur. quelle, et sans intérêt propre.

î. On appelle pièce à timirs. 3. Pfur l'exemption du dixième

tant les traverses de votre vie vous ajoutâtes que vous étiez d'un caractère naturellement insolent. Je vous ai donné mon amitié; une marque que je ne l'ai pas retirée, c'est l'a ver tissement que je vous donne encore de ne jamais écrin dans vos momens d'aliénation d'esprit, pour n'avoir pas ; rougir dans votre bon sens de ce que vous avez l'ait pendant le délire.

J'ai mis mes affaires avec vous dans la règle ordinaire et commune. Je n'en suis venu-là, malgré l'abus que vous faisiez du pouvoir que je vous ai laissé par le bail, qu'après que vous avez cherché à me jouer par un second marché illusoire et sans bonne foi de votre part*. Quoique j'aie en main de quoi vous mener fort bien à la Table de marbre*, je ne l'ai pas fait jusqu'à présent, mon dessein ayant été seulement de vous contenir.

Quoiqu'après deux années de jouissance vous m'ayez persécuté pour acheter ma terre, quoique j'aie en mes mains l'offre de cent quarante-cinq mille livres, écrite de la

itre, et à laquelle j'avais enfin consenti (offre sur laquelle

• lis m'avez par bonheur manqué de parole, car je ne m'en défaisais qu'à regret) ; il n'est pas vrai, et il ne peut l'être que le sieur Girod* vous ait dit que je ruinerais Mme Denis*, si vous ne la payiez cinquante mille écus. Il a pu vous représenter pour lors que vous exposiez vos héritiers par les dégradations illicites que vous faisiez dans mon bois; ce «(ui est vrai. Mais il sait aujourd'hui, que pour ce prix, ni j)0ur aucun autre, je ne vendrais ma terre, ne voulant rien avoir de plus à démêler avec un homme admirable, à la

t. Voltaire, pour éviter une visi le judiciaire où les abus et dégàls< commis lar lui, sur la terre de Tournay, auraient été reconnus, avait fait semblant de vouloir acbeter le domaine.

t. « La Table de marbre était un tribunal spécial institué pour statuer en dernier ressort sur tous

délits et abus commis dans les buis, même ceux des particuliers. » (Noie de M. Foisset.)

Z. Capitaine et ch&telam royul du pays de Gex.

i. Cf. p. 454, n. 2. Elle paya de bon gré, après la mort de Voltaire, 40 000 livres de dommages-intérêts aux béritiers du président.

vérité, pjir l'éminence de ses talens, mais turbulent, injuste, et artificieux en affaires sans les entendre.

Quant à Mme Denis, je l'honore et l'estime. C'est un tribut que tout le monde rend à sa justesse de cœur et d'esprit, dans un pays où, sans cette malheureuse effervescence à laquelle vous vous Hvrez, vous auriez pu vousmême trouver une retraite paisible et jouir tranquillement de votre célébrité. Comme elle est équitable et modérée, je suis très persuadé que ma famille n'aura aucun démêlé avec elle. Si, comme vous le dites, j'avais quelque crédit, il ne serait jamais employé qu'à la servir.

Il faut être prophète pour savoir si un marché à vie est bon ou mauvais. Ceci dépend de l'événement*. Je désire, en vérité de très bon cœur que votre jouissance soit longue, et que vous puissiez continuer encore trente ans à illustrer votre siècle : car, malgré vos faiblesses, vous resterez toujours un très grand homme... dans vos écrits. Je voudrais seulement que vous missiez dans votre cœur le demiquart de la morale et de la philosophie qu'ils contiennent^.

Venons au fait, car tout ce que vous dites n'y va point. La mémoire est nécessaire quand on veut citer des faits. Elle vous manque sans doute lorsque vous affectez de confondre notre marché avec la commission de vous procurer du bois de chauffage ; à quoi je vous répliquai que vous en trouveriez facilement de ceux de ma forêt vers Charles Baudy'. Vous me priâtes de lui en parler, ce que je fis même en votre présence, autant que je m'en souviens, mais certainement d'une manière illimitée; ce qu'on ne fait pas quand il s'agit d'un présent. Je laisse à part la vilité* d'un présent de cette espèce qui ne se fait qu'aux pauvres de la Miséricorde ou à un couvent des Capucins. Je vous aurais à coup sûr donné comme présent quelques voies de

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