PEINTURE ET POÉSIE
An MÊME.
Septembre 1766.
De la poésie et de la peinture sans idées sont deux pauvres choses*. Quant au technique des deux arts*, ils ont bien leur difficulté l'un et l'autre; et je doute que la magie du clair obscur soit plus difficile à saisir que les finesses de l'harmonie imitative. Il n'y a aucun peintre qui n'ait plus ou moins de cette magie; on lit des poèmes entiers, on parcourt cent poètes, sans y trouver le moindre vestige de cette harmonie imitative. Le peintre apprend, imite, puise ou dans les autres artistes ou dans la nature' l'harmonie et les effets: tous les poètes qui ont précédé ne servent presque de rien à leurs successeurs; c'est un pur instinct de nature* qui dicte le poète sans qu'il s'en aperçoive. Tout le monde sent l'harmonie de la nature et d'un tableau s, et il y a même des poètes qui n'ont pas la première idée de l'harmonie imitative. Trois ou quatre poètes l'ont possédée
1. L'erreur de Diderot fut toujours de poursuivre l'assimilation de la peinture et de la jjoésie. Il fit de la critique d'art en littérarateur, et, au lieu de chercher dans un tableau la qualité de la peinture, il y estima la beatité des idées. Cf. rexcellent article de M. Bruneticre. Les Salons de Diderot. Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1880.