Diderot ne connut pas assez la technique de la peinture
3, Dans la nature : c'est précisément le difficile, et où l'artiste se révèle.
-i. La poésie a sa technique aussi Pourquoi le jeune poète n'apprendrail-il pas son métier, et tout le mécanisme des vers, dans les œuvres de ses devanciers?
5. Est-ce bien sûr? La plupnrt des gens dans un tableau voient surtout le sujet, l'idée philosophique, plaisante ou dramatique
DENIS DIDEROT
.tu souverain degré, et puis c'est tout. Il y a plus encore de Kubens que d'Homère. Comptez dix mille beaux tableaux pour un beau poème, mille grands artistes pour un grand poète. La palette du poète, c'est la langue. Jugez combien de fois il arrive que cette palette est pauvre sans qu'il soit au pouvoir du génie de l'enrichir. Le poète sent l'elfet, et il lui est impossible de le rendre. Son idiome le condamne à être monotone, malgré qu'il en ait, e{ quand il a tiré de ses couleurs tout ce qu'il en pouvait tirer, et qu'il vient à comparer sa composition avec quelque composition grecque ou romaine, il trouve qu'il est faible, froid et gris, sans qu'il pu se rendre plus vigoureux*; les couleurs qui ne i.. Cliquent jamais à l'artiste, quelque lieu du monde qu'il habite, ont manqué à mon poète, et il n'y a point de reproche à lui faire, c'est malgré lui qu'il a été mauvais coloriste. La nature lui a donné Vàme et l'oreille, la langue lui [refuse l'instrument. Oui, il est peut-être plus facile de faire du premier coup un petit poème médiocre que de faire du premier coup un mauvais dessin; mais je ne doute point qu'il ne soit infiniment plus difficile, même avec le temps, l'expérience et le talent, de faire un beau poème qu'un beau tableau*.
1. 11 est vrai que les moyens techniques de la peinture ont été perreclionnés, qu« notre œil peut avoir une finesse de perception ignorée des peuples anciens ou barbares : tandis que la langue et h métrique des Grecs étaient plus favorables à l'expression ^u sentiment poétique que les langues et les versifications modernes.
2. La question est difficile à résoudre. Il y a des. peuples et des siècles où les poètes sont plus nombreux, d'autres où ce sont les peintres. Le xvii* siècle eut Racine, Corneille, La Fontaine, Molière, boileau, Malherbe : ses peintres
ont-ils égalé ~ses poètes, quoiqu'il ait eu Lebrun. Poussin et le Lorrain ? L'Ans;leterre a eu Shakespeare, Hilton, Di7(ien. Byron, et tant d'autres : où sont les peintres qu'elle puisse leur opposer? D'autre part, les Flamands et les Hollandais ont donné d'innombrables chefsd'œuvre en peinture : est-ce la langue seulement qui a empêché leurs poètes d'être admirés du monde entier? Mais Diderot ni le XVIII* s. ne s'arrêtent guère aux considérations historiques : ils planent toujourj» au-dessus des temps, et font à priori des systèmes universels.