‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 207 sur 558 · LES LANGROIS ET DIDEROT · texte numérisé non relu

LES LANGROIS ET DIDEROT

A Mademoiselle Volland*.

A Langres^, le 11 août 1759.

Les habitans de ce pays ont beaucoup d'esprit, trop de vivacité, une inconstance de girouettes; cela vient, je crois, des vicissitudes de leur atmosphère qui passe en vingt quatre heures du froid au chaud, du calme à l'orage, du serein au pluvieux. Il est impossible que ces effets ne se lassent sentir sur eux, et que leurs âmes soient quelque temps de suite dans une même assiette. Elles s'accoutument ainsi, dès la plus tendre enfance, à tourner à tout vent. Le tète d'un Langrois est sur ses épaules comme un coq d'église au haut d'un clocher' : elle n'est jamais fixe dans un point; et si elle revient à celui qu'elle a quitté, ce n'est pas pour s'y arrêter. Avec une rapidité surprenante dans les mouvemens, dans les désirs, dans les projets, dans les fantaisies, dans les idées, ils ont le parler lent. Pour moi, je suis de mon pays ; seulement le séjour de la capitale et l'application assidue m'ont un peu corrigé. Je suis constant dans mes goûts; ce qui m'a plu une fois me plaît toujours, parce que mon choix est toujours motivé : que je haïsse ou que j'aime, je sais pourquoi. Il est vrai que je suis porté naturellement à négHger les défauts et à m'enthousiasmer des qualités. Je suis plus affecté des charmes de la vertu que de la difformité du vice; je me détourne doucement des méchans, et je vole au-devant des bons. S'il y a dans un ouvrage, dans un caractère, dans un tableau, dans une

1. Louisc-IIenrictle Volland, que Diderot appela toujours Sophie, lut sa principale correspondante: il lui adressa ses lettres les plus étincelantes. — Elle était fille de Jean- Nicolas Volland, « préposé pour le fournissement des sels », qui fit bâtir un château à Isle-sur-Marne, près Vitry-le-Franyois. C'est là qut-

M'-* Volland vivait six mois de l'ar.nrc : elle ne fréquenta pas le monde encyclopédique. Elle mourut en 1784f, quatre mois avant Diderot.

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