APRES LE DEPART DE MADAME DU CHATELET ET DE VOLTAIRE
Anet, mercredi 30 août 1747.
J'espérais apprendre hier de vos nouvelles, ma reine. Si je n'en ai pas demain je serai tout à fait en peine de vous. Noire princesse a écrit au président*, et l'invite à venir ici et à vous y amener : vous savez cela sans doute? J'ai fait ce que j'ai pu pour la détourner de cette démarche qui pourra être infructueuse et dont le mauvais succès la lâchera. Si votre santé et les dispositions du président se trouvent favorables, cela sera charmant : en tout cas, on vous garde un bon appartement, c'est celui dont Mme Du Chàtelet, après une revue exacte de toute la maison, s'était emparée. Il y aura un peu moins de meubles qu'elle n'y en avait mis; car elle avait dévasté tous ceux par où elle avait passé, pour garnir celui-là. On y a retrouvé six ou sept tables : il lui en faut de toutes les grandeurs, d'immenses pour étaler ses papiers, de solides pour soutenir son nécessaire, de plus légères pour les pompons, pour les bijoux; et cette belle ordonnance ne l'a pas garantie d'un accident pareil à celui qui arriva à Philippe II, quand, après avoir passé la nuit à écrire, on répandit une bouteille d'encre sur ses dépêches. La dame ne s'est pas piquée d'imiter la modération de ce prince, aussi n'avait-il écrit que sur des affaires d'Etat; et ce qu'on lui a barbouillé, c'était de l'algèbre, bien plus difficile à remettre au net.
En voilà trop sur le même sujet, qui doit être épuisé ; je vous en dirai pourtant encore un mot, et cela sera fini. Le lendemain du départ, je reçois une lettre de quatre pages, de plus un billet dans le même paquet, qui m'annonce un grand désarroi. M. de Voltaire a égaré sa pièce», oublié de