‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 220 sur 558 · Cf. p. 237, M. 5, et p.Oai.n.l · texte numérisé non relu

Cf. p. 237, M. 5, et p.Oai.n.l

ô. Cela KAt bien rai»! «îii clïol, quand la querelle se prolonge.

DENIS DIDEROT. 271

dont je suis capable. Je ne vous dissimulerai pas que ie vous ai trouvé de temps en temps difficile à entendre, mais il est vraisemblable que c'est plutôt ma faute que la vôtre. Celui qui lit un ouvrage sans y trouver un terme impropre, un tour de phrase obscur ou inusité, ou l'entend supérieurement, ou ne l'entend point du tout; supérieurement, puisqu'il peut subitement et sans effort rectifier l'inexactitude de l'expression; point du tout, puisque, ne sentant point ce défaut, la vue de l'auteur lui échappe. Il y a bien aussi quelques points sur lesquels je ne suis pas de votre avis; mais, pour un endroit souligné, il est resté des vingt pages de suite intactes, et où on lirait à la marge de mon exemplaire : Je voudrais bien savoir ce qu'ils diront à cela.

A Naigeon*.

Cet homme*, dites-vous, est né jaloux de toute espèce de mérite. Sa manie de tout temps a été de rabaisser, de déchirer ceux qui avaient quelque droit à notre estime. Soit; mais qu'est-ce que cela fait? Est-on un sot, parce qut- cet homme l'a dit? Non. Qu'en arrive-t-il? Le cri public s'élève en faveur du mérite rabaissé, déchiré, et il ne reste au censeur injuste que le titre d'envieux et de jaloux.

Cet homme, dites-vous, est ingrat. Son bienfaiteur* est-il tombé dans la disgrâce, il lui tourne le dos et se hâted'allei encenser l'idole du moment. Soit; mais qu'est-ce que cela fait? En méprise-t-on moins l'idole et son encenseur? Non. Qu'en arrive-t-il? 'On dit peut-être de l'homme disgracié qu'il avait mal placé sa faveur, et de l'autre qull est un ingrat.

Cet homme, dites-vous, a fait l'apologie d'un vizir dont

1 Athée foufjueux, collaborateur | 2. Voltaire. dt V Encyclopédie {ilZS-mO). * % Sans doute Choiseul.

les opérations écrasaient les particuliers, sans soulager 1 empire*. Soit; mais qu'est-ce que cela fait? Le peuple en est-il plus opprimé et le vizir moins digne du mortier d'Amurat? Non. Et que dit-on du vizir? On dit en soupirant qu'il est toujours en faveur, et l'on attend. Et de son apologiste? Que c'est un lâche ou un insensé.

Mais ce jaloux est un octogénaire qui tint toute sa vie son fouet levé sur les tyrans, les fanatiques et les autres grands malfaiteurs de ce monde.

Mais cet ingrat, constant ami de l'humanité, a quelquefois secouru le malheureux dans sa détresse et vengé l'innocence opprimée.

Mais cet insensé a introduit la philosophie de Locke et de Newton dans sa patrie, attaqué les préjugés les plus révérés sur la scène, prêché la liberté de penser, inspiré l'esprit de tolérance, soutenu le bon goût expirant, fait plusieurs actions louables et une multitude d'excellens ouvrages. Son nom est en honneur dans toutes les contrées et durera dans tous les siècles.

Hé bien, à l'âge de soixante et dix-huit ans *, il vint en fantaisie à cet homme tout couvert de lauriers de se jeter dans un tas de boue; et vous croyez qu'il est bien d'aller lui sauter à deux pieds sur le ventre et de l'enfoncer dans

1. Il s'agitdu chancelier Maupeou, et des opérations de l'abbé Terray, contrôleur général des finances.

Voltaire a loué le coup d'étal de Maupeou dans l'article Parlement des Questions sur l'Encyclopédie (1771).

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