‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 247 sur 558 · RECONCILIATION · texte numérisé non relu

RECONCILIATION

A Voltaire !•', a Fbrnet*.

Montbard, le 12 novembre 1774.

Si vous jetez les yeux, monsieur, sur la suscription de ma lettre, vous verrez que, dans le nombre assez petit des

1. Buffon avait épousé en 1752 une jeune fille sans fortune de sa province, M'" de Saint-Belin. Elle mourut en 1769, à 57 ans.

2. Le contrôleur général Silhouette était à bout d'expédients. Louis XV envoya sa vaisselle à la Monnaie :

beaucoup de courtisans rirnilèrent,

3. Quelques années plus tôt, BufFon écrivait au Président de Brosses : « Comme je ne lis aucune des sottises de Voltaire, je n'ai su que par mes amis le mal qu'il a voulu dire de moi ; je le lui pardonne comme un mal métaphysique qui

ne ré«ide que dans sa tête, et qui vient d'une association d'idées de Needham et Buffon. Il est irrité de ce que Needham m'a prêté ses microscopes et de ce que j'ai dit que c'était un bon observateur. Voilà son motif particulier, qui, joint au motif général et toujours subsistant de ses prétentions à l'universalité et de sa jalousie contre toute célobritc, aigrit sa bile recuite par râpe, en sorte qu'il semble avoir forme le projet de vouloir enterrer de son vivant tous ses contemporains. » (Lettre du 7 mars 17i'j7.)

Liî. COMTE DE BUFFON.

ôi:

'S de la première distinction, je pense très hautement ot

très bonne foi que vous êtes le premier. Ce ne sera \k\s

Mme le mathématicien de Syracuse, que, par une exlrêii e

itesse pour moi, vous avez la bonté de nommer Arclii-

le premier: car jamais il n'existera de Voltaire second :

li'rence essentielle entre l'esprit créateur qui tire tout de

propre substance, et le talent qui, quelque grand qu'il

t. ne peut produire que par imitation et d'après ia

lière. J'espérais bien que ma petite note* trouverait

ce devant vous, monsieur; mais je crois devoir en par-

I' le bon accueil que vous lui avez fait aux mains qui vous

lOnt offerte. Je puis vous dire à ce sujet que M. de Florian

m'a inspiré, dès les premiers momens, la plus grande con-

ti:ince. Je l'ai trouvé si digne d'être de vos amis, que j'eusse

-iré le voir assez longtemps pour devenir le sien ; et cela

lait arrivé, toujours en parlant de vous, monsieur,

t ..rnme j'en ai toujours pensé, et comme il en pense et parle

lui-même, avec cette tendre admiration qui ne s'accorde

i|ii'à la supériorité qu'on aime, et qu'on ne peut aimer que

Muand on ne craint pas de l'avouer. Aussi le dernier trait

ii fait la plus douce impression sur mon cœur est votre

j nature; j'ai ressenti un mouvement de joie en ouvrant

votre lettre; j'ai admiré avec plaisir la fermeté de votre

Viain et la fraîcheur de l'organe intérieur qui la guide. Avec

plusieurs années* de moins, je suis plus vieux que vous.

Autre supériorité dont je suis loin d'être jaloux; mais n'est-il

pas juste que la nature, qui. dès vos premières années, vous

a comblé de ses faveurs, et dont vous êtes l'ancien amant

1 . On sait que Voltaire avait très t;reinenl raillé la Théorie de la • re : il jugeait que les poissons < > trinés qu'on trouvait au haut des Alpes avaient été jetés par des touristes, qui ne les trouvaient pas assez frais, et que les coquilles >Hi'on ramasse au milieu du contint avaient été rapportées par des lerins d« la Terre-Sainte. Buiïun

avait relevé asseï vivement ci>i ridicules hypothèses. Puis il avait regretté le mouvement de mauvaise humeur qui l'avait fait répliquer à Voltaire, et il lui fit réparation, sur la forme du moins, dans une noie qui fut imprimée dans les éditions postérieures de l'Histoire nalU' relie, i. Treize aua.

LETTRES DU DIX-HUITIfîME SIÈCLE.

de choix, continue à vous traiter avec plus d'égards et de ménagemens qu'un nouveau venu comme moi, qui n'ai jamais rien obtenu d'elle qu'à force de la tourmenter? Vous pouvez en juger, monsieur, puisque vous avez eu la patience de parcourir ces mémoires arides de physique qui servent de preuves à mon Traité des élémens^; et vous n'en êtes pas quitte, car je vous demande la permission de vous envoyer un autre volume qui va bientôt paraître et qui fait suite au premier. Si je jouissais d'une meilleure santé, je vous proteste, monsieur, que je n'attendrais pas votre visite à Montbard, et que j'irais avec empressement vous porter le tribut de ma vénération; j'arriverais à Dieu par ses saints. M. et Mme de Florian^, habitués dans le temple, me serviraient d'introducteurs. Je vais fiourrir cette agréable espérance par le plaisir nouveau des sentimens d'estime que que vous me témoignez. Depuis que je me connais, vous avez toute la mienne; mais elle ne fait qu'un grain sur la masse immense de gloire qui vous environne, au lieu que la vôtre, monsieur, est un diamant du plus haut prix pour moi'.

J'ai l'honneur d'être, avec autant de respect que d'admiration, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

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