AO PRÉSIDENT DE RPFFET
Montbard, le 21 novembre 1759.
Il faut que vous me pardonniez, mon cher président; j'écris très rarement, pour ne pas fatiguer mes yeux, qui sont devenus très faibles depuis un an *. Je ne doute pas que vous n'ayez pris grande part à mes peines; j'ai perdu un enfant qui commençait à se faire entendre, c'est-à-dire
1. Richiird de Ruffey (1706-179i), président honoraire de la Chambre des comptes de Dijon depuis 1757, fut l'ami du Président de Brosses, le correspondant de Voltaire et de
Buflbn. Il réorganisa en 1760 l'Aca»
demie de Dijon.
â. Il était très myope, et ses observations au microscope lui avaient encore fatigué la vue.
aimer. Sa mère * a aussi couru le plus grand danger; elle n'est encore qu'en convalescence. Elle me charge de vous remercier et Mme de RufTey de l'intérêt que vous avez pris tous deux à sa situation. Quand elle sera rétablie, je compte l'emmener à Paris passer l'hiver. Nous ne nous y promettons pas un séjour agréable ; tout y est cher, tout y est triste. Je viens d'envoyer ma vaisselle à votre monnaie * ; il vaut encore mieux qu'on ait demandé de l'argent aux gens aisés que d'avoir surchargé les pauvres. Vous qui êtes si honnête et si bon, ne gémissez-vous pas sur leurs malheurs? Adieu, mon cher ami, conservez-moi des sentimens qui me sont et seront toujours bien précieux. Donnez-moi de temps en temps de vos nouvelles, et soyez convaincu que personne ne vous est plus inviolablement attaché que moi. Mes respects à Mme de Hufîey.