BERNARD DE FONTI-NELLE
bêle; je ne sens presque plus rien, si ce n'est les besoins du corps ; il est vrai qu'ils augmentent autant que ceux de l'esprit diminuent ; mais la quantité en est moindre, et, calcul lait, je trouve qu'il ya à gagner. La destruction qu'on voit s'acheminer fait supporter plus patiemment les maux dont la fin semble prochaine. Enfin, je suis assez contente de l'état des choses pour ce qui me regarde, mais non pas pour vous qui êtes en butte à des contradictions que vous ne pouvez, comme moi, éviter en ne voulant rien : car il faut que vous vouliez du moins sur les choses dont vous êtes chargé. D'ailleurs vous avez un plus long avenir pour vous, et de beaucoup prolongé par une postérité qui presque nous éternise. Belle invention pour nous intéresser au futur comme au présent. J'aurais bien encore de ma morale sombre àvous débiter ; mais il faut partir pour aller coucher à l'Arsenal ; j'y vais avec mon crachement de sang qui m'a repris, pour éviter une infection que nous aurions à essuyer ici. Je suis très flattée du souvenir de Mme d'IIéricourt, j'espère que le grand homme qu'elle a mis au monde deviendra un héros; je lui fais mille complimens, et vous prie, Monsieur, de me conserver votre amitié que je me réserve dans mon renoncement à toute chose.