‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 253 sur 558 · I. — LE MARQUIS PEINT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

I. — LE MARQUIS PEINT PAR LUI-MÊME

A LA COMTESSE DE UocnEFORT*.

Vous me demandez, madame, si je suis bien dans ma solitude*. Jugez-en : nous composons, entre nous tous, une petite arche de trenle-liuit personnages, sans quatre enfans en pension, dont une seule a dix-huit aunes, car on m'en demande tout autant pour une robe à ma fille'; au lieu de cela, j'ai des intérêts à payer, sans nombre, pour des terres que je me suis avisé d'acheter*, avant d'avoir demandé au roi quand il lui plairait nous octroyer la pro priété, et prendre l'usufruit ; cela lui a plu, et il ne m'a pas demandé, à moi, si je le trouverais bon, autant vaut. J'ai bien, outre cela, encore quelques pointes assez étranges à mon soulier, que je ne dis pas, et certaines loupes derrière l'oreille, sauf la critique d'un géographe pointilleux

• liii pourrait les placer ailleurs. Eh bien ! avec tout cela, je vis au jour le jour, quand je puis; et quand je n'en ai pas

• l'autre sujet, je ris encore de la grimace que j'ai faite un (liiart d'heure auparavant en me désespérant; toujours, du reste, de plus en plus persuadé de la vérité de mon grand principe moral, qui est que pour travailler à son propre bonheur ici-bas, il faut sans cesse cultiver la sensibilité et déraciner l'amour-propre.

Avec mes élégances et mes urbanités dont vous avez cou-

1. Marie -Thérèse de Brancas, coiiilesse de Rochcfort, qui se remaria en 1782 avec le duc de Nivernais et mourut quelques semaines après. Elle lut une des fommes les plus spirituelles du i.mps. M— de Rochefort et du IieHand furent très liées pendant longtemps et se brouillèrent ensuite.

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