‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 256 sur 558 · Le père Etienne, confesseur de sa mûre · texte numérisé non relu

Le père Etienne, confesseur de sa mûre

les fermiers et vassaux d'un sot et bon seigneur qui, parfois, est leur dupe*, même volontaire; mais qui, au fond, m'aiment; car, quand on a semé de bonnes œuvres, la moisson arrrive tôt ou tard; et qui, à toute occasion, à tout prétexte, me rappellent que leur sort m'est confié, et me rendent heureux, l'étant par moi; car c'est l'acquit des devoirs, ce sont les bonnes œuvres qui font la vie, et le reste n'est que végétation; ces bonnes gens qui me chargent de raisins, pommes, poires, noisettes; qui ont un sens droit, une attitude à eux, et un abord amical qui me rend content de moi-même, et que j'ai si rarement pu obtenir des gens du monde? Les chapeaux noirs du canton- sont un peu plus embarrassans; mais, après les avoir bien exhaussés, en les mettant à leur aise et les caressant, je leur fais leçon en touchant dans la main au premier paysan de ma connaissance que je rencontre, et baisant au front leurs enfans; cela m'amuse, parce que cela est juste, et rapproche les fils des frères. Au reste, j'ai encore une bonne compagnie, quoique femelle, c'est mon petit cheval, que vous m'avez donné, et qui vous ressemble, parlant par respect; car ma petite bête est douce, d'humeur très égale, sobre, sans prétentions et sans faux avis; un peu poltronne, mais la facilité à s'effaroucher sied si bien au beau sexe!

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