‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 269 sur 558 · A un intérêt : emprunter, par · texte numérisé non relu

A un intérêt : emprunter, par

exemple, au denier vingt, c'était à un denier d'inf/rêt pour vingt deniers prôi»*;, c'est-à-dire 5 0/0.

nalqur*, dans sa partie, soutiendra que presque toutes les dépenses particulières sont indispensables. Ils peuvent dire dî fort bonnes raisons; mais, comme il n'y en a pas pour faire ce qui est impossible, il faut que toutes ces raisons cèdent à la nécessité absolue de l'économie.

11 est donc de nécessité absolue que Votre Majesté exige des ordonnateurs de toutes les parties qu'ils se concertent avec le ministre de la finance*. 11 est indispensable qu'il puisse discuter avec eux, en présence de Votre Majesté, le degré de nécessité des dépenses proposées. II est surtout nécessaire que, lorsque vous aurez, Sire, arrêté l'état des fonds de chaque département, vous défendiez à celui qui en est chargé d'ordonner aucune dépense nouvelle sans avoir auparavant concerté avec la finance les moyens d'y pourvoir. Sans cela, chaque département se chargerait de dettes qui seraient toujours des dettes de Votre Majesté, et l'ordonnateur de la finance ne pourrait répondre de la balance entre la dépense et la recette.

Votre Majesté sait qu'un des plus grands obstacles à l'économie est la multitude des demandes dont elle est continuellement assainie, et que la trop grande facilité de ses prédécesseurs à les accueillir a malheureusement autorisées.

Il faut, Sire, vous armer contre votre bonté de votre bonté même; considérer d'où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans, et comparer la misère de ceux auxquels on est quelquefois obligé d'arracher par les exécutions les plus rigoureuses, à la situation des personnes qui ont le plus de titres pour obtenir vos libéralités.

Il y a des grâces auxquelles on a cru pouvoir se prêter plus aisément, parce qu'elles ne portent pas immédiatement sur le Trésor royal.

De ce genre sont les intérêts, les croupes', les privilèges ; elles sont de toutes les plus dangereuses et les plus abusives. Tout profit sur les impositions, qui n'est pas absolument

1. Ce sont les administrateurs qui | 2. Il n'y avait pas encore debugordonnancent les dépenses et get arrêté d'avance chaque année, donnent les mandats de paiement. | 3. Les croupe» élaieal dei p«a*

nécessaire pour leur perception, est une dette consacrée au soulap^emcnt des contribuables, ou aux besoins de l'État.

D'ailleurs, ces parlicipalions aux profits destraitans sont une source de corruption pour la noblesse, et de vexation pour le peuple, en donnant à tous les abus des prolecteurs puissans et cachés.

On peut espérer de parvenir, par l'amélioration de la culturc, par la suppression des abus dans la perception, et par une répartition plus équitable des impositions, à soulager sensil)Iement le peuple, sans diminuer beaucoup les revenus publics; mais, si l'économie n'a précédé, aucune réforme n'est possible, parce qu'il n'en est aucune qui n'entraîne le risque de quelque interruption dans la marche des recouvremens, et parce qu'on doit s'attendre aux embarras multipliés que feront naître les manœuvres et les cris des hommes de toute espèce intéressés à soutenir les abus; car il n'en est point dont quelqu'un ne vive.

Tant que la finance sera continuellement aux expédiens pour assurer les services. Votre Majesté sera toujours dans la dépendance des financiers, et ceux-ci seront toujours les maîtres de faire manquer, par des manœuvres de place, les opérations les plus importantes. 11 n'y aura aucune amélioration possible, ni dans les impositions, pour soulager les contribuables, ni dans aucuns arrangemens relatifs au gouvernement intérieur et à la législation. L'autorité ne sera jamais tranquille, parce qu'elle ne sera jamais chérie; et que les mécontentemens et les inquiétudes des peuples sont toujours le moyen dont les intrigans et les malintentionnés se servent pour exciter des troubles*. C'est donc surtout de l'économie que dépend la prospérité de votre règne, le calme dans l'intérieur, la considération au dehors, le bonheur de la nation et le vôtre.

lions et des parts attribuées sur les revenus des fermes générales. Chaque fermier avait ainsi plusieurs croupirrs que lui imposait la Cour; Louis XV lui-même eut unccroi»»":;

ï? est afsé de voir que le conlribuahle en faisait tous les frais.

1. Turgot avait prévu les moyen dont on se servirait pour le renverser.

Je dois observer à Votre Majesté que j'entre en piace dans une conjoncture fâcheuse, par les inquiétudes répandues sur les subsistances; inquiétudes fortiliées par la fermentation des esprits depuis quelques années, par la variation des principes des administrateurs*, par quelques opérations imprudentes, et surtout par une récolte qui paraît avoir été médiocre. Sur celte matière, comme sur beaucoup d'autres, je ne demande point à Votre Majesté d'adopter mes principes, sans les avoir examinés et discutés, soit par ellemême, soit par des personnes de confiance en sa présence, mais, quand elle en aura reconnu la justice et la nécessité, je la supplie d'en maintenir l'exécution avec fermeté, sans se laisser efl'rayer par des clameurs qu'il est absolument impossible d'éviter en cette matière, quelque système qu'on suive, quelque conduite qu'on tienne.

Voilà les points que Votre Majesté a bien voulu me permettre de lui rappeler. Elle n'oubliera pas qu'en recevant la place de contrôleur-général j'ai senti tout le prix de la confiance dont elle m'honore; j'ai senti qu'elle me confiait le bonheur de ses peuples, et, s'il m'est permis de le dire, le soin de faire aimer sa personne et son autorité. Mais en même temps j'ai senti tout le danger auquel je m'exposais. J'ai prévu que je serais seul à combattre contre les abus de tout genre, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus; contre la foule des préjugés qui s'opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. J'aurai à lutter même contre la bonté naturelle, contre la générosité dp Votre Majesté et des personnes qui lui sont les plus chères». Je serai craint, ha: môme de la plus grande partie de la cour, de tout ce qui sollicite des grâces. On m'imputera tous les refus ; on me peindra comme un homme dur, parce que

1. Sur la liberté du commerce des grains. Quand l'édit parut, les ennemis des réformes de Turgol suscitèrent une disette et des émeutes qui épouvantèrent le faible roi.

2. Le premier ministre Maurepas fut des premiers à combattre Turgot, et il tourna contre lui les frères du roi et la reine. Louis XVI ne fut pas convaincu, mai t il céda.

Ul LETTRES DU DIX-IIUi-^IÈME SIÈCLE.

j'aurai représenté à Votre Majesté qu'elle ne doit pas enrichir même ceux qu'eileaime, aux dépens de la subsistance de son peuple. Ce peuple auquel je me serai sacrifié est si aisé à tromper, que peul-êlre j'encourrai sa haine par les mesures munies que je prendrai pour le défendre contre la vexation. Je serai calomnié, et peut-êlre avec assez de vraisemblance pour m'ôter la confiance de Votre Majesté. Je ne regretterai point de perdre une place à laquelle je ne m'étais jamais attendu. Je suis prêt à la remettre à Votre Majesté dès que je ne pourrai plus espérer de lui être utile; mais son estime, la réputation d'intégrité, la bienveillance publique qui ont déterminé son choix en ma faveur me sont plus chères que la vie, et je cours le risque de les perdre, même en ne méritant à mes yeux aucun reproche.

Votre Majesté se souviendra que c'est sur la foi de ses promesses que je me charge d'un fardeau peut-être au-dessus de mes forces, que c'est à elle personnellement, à l'homme honnête, à l'homme juste et bon, plutôt qu'au roi, que je m'abandonne.

J'ose lui répéter ici ce qu'elle a bien voulu entendre et approuver. La bonté attendrissante avec laquelle elle a daigné presser mes mains dans les siennes, comme pour accepter mon dévouement, ne s'effacera jamais de mon souvenir. Elle soutiendra mon courage. Elle a pour jamais lié mon boniieur personnel avec les intérêts, la gloire et le bonheur de Votre Majesté.

C'est avec ces sentimens que je suis, Sire, etc....

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