TURGOT
A Monsieur de Guicert'.
Ce lundi, 29 août 1774.-
Vous savez que M. Turgol* est contrôleur g^énéral; mais ce que vous ne savez pas, c'est la conversation qu'il a eue à ce sujet avec le roi. Il avait eu quelque peine à accepter le contrôle, quand M. de Maurepas le lui proposa de la pari du roi. Lorsqu'il alla remercier le roi, le roi lui dit : Vous ne vouliez donc pas être coiilrôleur général? — Sire, lui dit M. Turgot, f avoue à Votre Majesté que f aurais préféré le ministère de la marine, parce que c'est une place plus sûre, où, fêlais plus certain de faire Je bien; mais, dans ce moment-ci, ce n'est pas au roi que je me donne, c'est à l'honncte homme. Le roi lui prit les deux mains et lui dit : — Vous ne serez point trompé. M. Turgot ajouta : Sire, je dois représenter à Votre Majesté la nécessité de V économie, dont elle doit la première donner l'exemple : M. l'abbé Terray l'a sans doide déjà dit à Votre Majesté. — Oui, répondit le roi, il me l'a dit, mais il ne l'a pas dit comme vous. Tout cela est comme si vous l'aviez entendu, parce que M. Turgot n'ajoute pas un mot à la vérité. Ce mouvement de l'âme de la part du roi fait toute l'espérance de M. Turgot, et je crois que vous en prendriez comme lui. — M. de Vaines est nommé à la place de M. Leclerc '; mais n'en aura pas le faste : point de jeu, point de valet de chambre, point
l.Le comte de Guibcrt (1743- 1790) auteur d'un Essai général de Tactique, d'Eloges de Catinat et de l'Hôpital, et de médiocres tragédies. Ce Gascon, pédant, froid et fat, ne justifiait guère l'amitié pas-
sionnée et l'admiration enthousiaste que lui voua M"* de Lespinassc. Il était alors dans le Midi.