LES DEBUTS DU REGNE DE LOUIS XVI. MALESHERBES
Jeudi, 6 juillet 1775.
Je vais vous dire que d'ici à peu de jours voici ce qui sera public : c'est que M. de Maleshcrbcs * a toutes les places de M. le duc de la Vrillière : celui-ci donnera sa démission dans quelques jours; il a encore à faire une visite à l'assemblée du clergé qui doit lui valoir vingt mille francs. M. de Maleslierbes donnera la démission de sa charge à la cour des aides, et M. de Barentin * le remplacera. Si vous saviez tout ce que M. de Malesherbes a mis d'honnêteté et de simplicité en acceptant cette place! vous redoubleriez d'estime, , de goût et de vénération pour cet excellent homme. Oh ! pour le coup, soyez bien assuré que le bien se fera, et qu'il se fera bien y parce que ce sont les lumières qui dirigeront la vertu et l'amour du bien public. Jamais, deux hommes plus vertueux, plus éclairés, plus désintéressés, plus actifs n'ont été réunis et animés plus fortement d'un intérêt plus grand et plus élevé. Vous le verrez : leur ministère laissera une profonde trace dans l'esprit
1. Chi-étien Guillaume de Lamoignon de Jlaleshcrlies, ne en 1721, puiliotiné en 17'J4. Le 16 juillet 1775. il se démit de sa charge de Président de la cour des aides, fut nommé ministre de la maii>on du roi à la place du duc de la
Vrillère renvoyé le 17, et se relira le 12 mai 1776, quelques joiira avant Turgol, remplacé le 20 par M de Clugny (Note de M. E. Asse).
2. Avocat général au Parlement de Paris (1758-1819), il fut garde des sceaux en 1788.
des hommes. Tout ce que je vous dis là est encore un secret. Ce choix-là sera reçu avec transport du public ; il y a quelques gens qui en enrageront, mais ils se tairont Les intrigans auront bien peu de moyens, cela est bien touchant. Oh! le mauvais temps pour les fripons et pour les courtisans! N'y a-t-il pas bien de la délicatesse à faire ceite distinction! cela s'appelle partager un chevtu en quatre.