I. — SUR LA LANGUE ET LA LITTERATURE ALLEMANDES
A Monsieur Gottsched, professeur a Leipzig*.
Paris, 24 juillet 1728.
J'aurais eu beaucoup plus tôt, Monsieur, l'honneur de répondre à votre lettre, si on ne m'avait dit, en me la rendant, que vous seriez bien aise de savoir mon sentiment sur le plan que vous m'envoyez de votre Société allemande. Comme il est en allemand, que je n'entends point, il a fallu que j'aie attendu une traduction abrégée qu'on m'en a faite. Mais c'a été une peine fort inutile et un temps perdu, par rapport à ce que je croyais que vous attendiez de moi. Car, outre que votre société est déjà toute établie, et que vos règlemens sont très sensés et très bien entendus, il est impossible qu'un étranger comme moi juge en détail de ce qui peut vous convenir, ou de ce qui vous conviendrait le mieux. Je vois seulement en gros, que vous avez pour votre langue un zèle auquel je ne puis qu'applaudir. Il faut avouer que, nous autres Français, nous pourrions bien être trop prévenus en faveur de la nôtre, quoique la grande vogue qu'elle a dans toute l'Europe nous jistifie un peu. Nous avons l'avantage qu'on nous entend partout, et que nous
1. CliiislianGotlschcd(1700-1766), 1 lure allemande, dont il s'eiïorra de liUératcur médiocre et pédant, a liâter le développement. Il traduisit bien niérilé pourtant de la littéra- | qupJaii.Tî ouvrages de Fontenelle.