I. — PORTRAIT
A Monsieur le président Hénault*.
9 juillet 1742.
Me voilà quitte de ma compagnie et je vais vous écrire tant qu'il plaira à Dieu. II fait trop vilain pour se promener : d'ailleurs j'ai la plante du pied droit très enflée, cela me fait de la douleur dans la jambe et m'empêche de marcher*. Quand vous rencontrerez Silva', demandez-lui ce que cela veut dire : ce n'est point un effet des eaux, je m'en ressentais auparavant. J'ai, ce matin, été à la fontaine comme je vous l'ai mandé : je me suis établie dans une chambre où il y avait un bon feu ; j'ai pris six verres ou dix demi-setiers de royale et un de cardinale*; le tout a bien passé : cependant cela m'a porté un moment à la tête, je me suis sentie un peu gaie et puis assoupie. J'ai diné, qu'il était près de deux heures, avec appétit; j'ai mangé du riz, le bas d'une cuisse de poularde bouillie, un os de veau et une cuisse de lapereau avec assez de pain ; ensuite j'ai joué à la comète** avec Mme de Pecquigny, et puis j'ai fait tout de suite un quadrille avec mon amie Mme de Bau-
1. Le Président Hénault (1685- 1770), surintendant de Ja maison de la reine, membre de l'Académie française et de celle des Inscriptions, auteur d'un Abrégé chronologique de l'Histoire de France (174Îj et de quelques pièces oubliées, fut un des plus intimes et des plus assidus amis de M"* Du Deffand. il avait moins d'esprit, moins de mécbancelé, à peu près le même égoïsme qu'elle. Je n'ai rien eu à tirer de ses lettres, en général assez sèches, et remarquables surtout par un certain art mondain de glisser l'cpigramnie parmi le compliment.
2 Voilà le président prévenu :
ce n'est pas par amitié, c'est par ennui et désœuvrement qu'on pense à lui écrire. M"* Du Delland était allée prendre les eaux de Forges,
3. Silva (1682-1 7i8) était un des plus célèbres médecins de ce temps-là.