STANISLAS-AUUL'STE PONIATOWSKI
qiii l'on ne connaissait que les goûts et les talents de l'homme du monde. En effet Stanislas-Auguste crut d'abord avec simplicité aux intentions bienveillantes de la tzarine, et il laissa prendre un peu trop d'empire dans son royaume au ministre de Russie. Il était grand amateur de tableau.x, et tout occupé d'enrichir sa collection : il avait des enthousiasmes, des impatiences, des joies de collectionneur passionné. Il s'entourait d'architectes et de sculpteurs : il embellissait ses palais.
Mais ses lettres nous montrent que sa crédulité ne dura guère, et que sa frivolité fit place à des pensées sérieuses. Donnant aux arts tous ses loisirs, y cherchant un repos et une consolation, il s'occupa activement du salut de son pays. Il essaya de mettre lin à l'anarchie, de réformer la constitution de la Pologne, d'en prévenir le démembrement : il eut le cœur déchiré de son impuissance et des maux de son pays. Il est impossible de n'être pas touché de la sincérité de ses plaintes et du sérieux de ses elforts.
Le malheur est qu'il n'inspira confiance à personne : il perdit son crédit auprès des Russes sans acquérir d'autorité sur les patriotes polonais. Et il n'était pas préparé au rôle difficile que les circonstances lui imposaient : il n'avait ni le génie, ni l'iiéroïsme nécessaires. Il fît de son mieux, mais il ne fit pas ce qu'il fallait : il usa de douceur et de tempérament, quand les résolutions violentes et désespérées étaient seules de saison. Il ne vit pas que, dans l'anarchie où périssait la Pologne, il n'y avait place que pour deux partis : être avec les Russes, ou avec les confédérés, et que quelque raison qu'il eût de craindre et de blâmer ceux-ci, tant qu'il ne se rangeait pas avec eux, il travaillait pour les Russes. Ce fut en somme une âme douce, honnête, que le malheur des temps et des responsabilités trop fortes écrasèrent.