‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 330 sur 558 · LE PARTAGE DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE LA POLOGNE

A Madame Geoffrin.

Ce 10 avril 1773.

Ce n'est pas quand votre ami est malheureux que vous cesserez de l'aimer. Et je le suis de toutes les façons parce que la déraison, l'injustice et la calomnie ont conspiré contre moi. Les Polonais ont eu la déraison de trouver à redire que j'aie voulu que l'État eût des revenus et une

1. Le traité de partage avait été I l'Autriche et la Russie, qui avaient Mgiié le 5 août 1772 entre la Prusse, 1 fait entrer leurs troupes dans lepays.

armée, et que j'aie voulu et que j'aie commencé à remettre l'ordre dans ce pays. Je voulais abattre l'idole funeste du liberum veio^. Ils l'ont rétabli avec éclat à l'aide des étrangers qui, ne pouvant se refuser au mépris que méritaient de tels Polonais, les ont asservis, après avoir été appelés par eux, et ont exercé,, en Pologne, tout ce que la plus grande force peut contre l'extrême faiblesse. Enfin la calomnie, qui a osé dire que j'avais été complice du démembrement de la Pologne, voudrait faire oublier que, dans ce démembrement, je perds les trois quarts de mon propre revenu; que mes frères, mes plus intimes serviteurs sont dépouillés et réduits à l'indigence ainsi que moi-même. On vient de séquestrer à Branicki^, de la part de l'Autriche, tout son bien uniquement à cause qu'il est en France. Il est vrai que ce n'est point pour y faire approuver le partage de la Pologne que je l'ai envoyé. J'ai fait ce que j'ai pu pour reculer les comparses nationales^ afin de reculer le moment de souscrire à notre malheur et pour laisser le temps à l'Europe de venir à notre secours. Qu'en est-il arrivé? L'Europe m'abandonne, me refuse tout secours, et ceux qui me dépouillent m'accusent que, par mon opposition à leur volonté, je suis la cause de l'aggravation des maux que leurs troupes font souffrir à ma nation. Il se trouve encore des gens qui, ne craignant jamais le reproche d'inconséquence, me blâment aujourd'hui de n'avoir pas été assez bien avec la Russie, tandis que, pendant cinq années, ils m'ont fait la guerre et m'ont assassiné, uniquement à cause qu'ils me taxaient, quoique à tort, d'avoir été trop bien avec elle.

Me voici à la veille de la diète*. Si je m'y donne du mou-

1. Après l'élection de Stanislas, la diète avait aboli le liberum veto et renforcé l'autorité royale. Alors Catherine II intervint, sous prétexte de secourir les dissidents opprimés par les catholiques. Le liberum veto fut rétabli en 1767.

S Le comte Branicki était d'une

famille alliée à celle de Poniatowski.

3. Comparse était piimilivement féminin et signifiait entrée en scène.

i. Convoquée par les trois puissances partageantes, qui semblaient disposées à consentir à certaine»

réformes dans la constitution du

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