‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 349 sur 558 · Qui, se rapporte à la réflexion · texte numérisé non relu

Qui, se rapporte à la réflexion

L Voltaire disait : € La curiosité est naturelle à l'homme, aux singes et aux petits chiens. •

curieux est donc plus homme qu'un autre homme, et c'est vrai en effet. Newton était si curieux, qu'il cherchait les causes du mouvement de la lune, de la marée, etc. Le peuple le plus heureux a donc plus d'hommes qu'aucun autre peuple. Voilà le plus bel éloge qu'on eût jamais fait des badauds de Paris. Cette idée est profonde, et je n'ai pas le temps de vous la détailler. Assurément Voltaire n'a pas écrit plus rapidement que moi son article de la curiosité. Il l'a mieux écrit, car il écrit sa langue, mais si vous voulez vous donner la peine de développer ce que j'ai griffonné, vous y verrez un grand bout du cœur humain. L'homme animal curieux : l'homme susceptible de spectacles. Presque toutes les sciences ne sont que des curiosités, et la clef de tout est une base de sûreté et une situation sans souffrance dans l'animal curieux. Voilà pourquoi c'est M. de Chaulnes qui lait aller le cerf-volant*, et ce n'est pas M. de La Chalotais-, quoique la Chalotais soit plus savant que lui.

Voilà une petite dissertation que vous m'avez arraché(>. Promettez à Mme Necker de la lui communiquer en troc de ma lettre. Je ne saurais imaginer que Suard, Marmonlel, et d'autres ne puissent vous mettre en relation avec Mme Necker. Bonsoir; le temps me manque. Je vous embrasse.

P. S. Voltaire connaît bien peu les animaux. Il a parlé des singes et des chiens comme un enfant. Le singe n'est point curieux : il cherche sa nourriture. Comme il n'a point d'odorat et très peu d'instinct, il est obligé de casser tout et de loucher à tout. Naturellement il ne se nourrit que de fruits et d'huîtres. 11 croit donc que tout est des cocos, des marrons, des huîtres, et il faut qu'avec les dents il écra.^' tout pour en vider le noyau. Les chiens n'ont point ûr

1, Le duc de Chaulnes faisait des expériences sur l'électricité au moyen d un grand cerf-volant de taffetas vert dont la bagueUe principale était de fer éleclrisc. — l)eux ducs de Chaulnes, le père

(17U-1769) et )e fils (1741-171':

cultivèrent les sciences avec sucer Le premier fut de l'Académie d< sciences. C'est du second que pari Galiani.

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