‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 35 sur 558 · Le duc d*' Dourhon · texte numérisé non relu

Le duc d*' Dourhon

LE MARECHAL DE SAXE

Voilà, mon cher fils, les premières pensées qui me sont venues à l'esprit sur ce sujet. Mais comme je suis persuadé que vous entrerez de vous-même dans ces sentimens, vous ferez fort bien de les imprimer à ceux à qui vous pourrez parler sûrement. Le plus grand service que l'on puisse rendre à l'État et au Parlement, est de ne point porter les choses à l'extrême. Je voudrais, en un sens, être à portée de pouvoir agir des deux côtés dans cet esprit ; mais le plus sûr est de ne point s'imaginer qu'on puisse faire mieux que les autres, et d'attendre les momens et les ordres de la Providence. Je me réduis donc bien volontiers à servir l'État par mes vœux : c'est le parti le plus doux et le moins embarrassant. Pour vous, mon cher fils, vous n'avez rien de personnel à ceci qui vous regarde; mais ce que vous pouvez faire de mieux, est de vous entendre parfaitement avec M. le procureur général, qui est plus en état que personne de servir le Parlement dans cette occasion*. M. de Voisins* a très bien parlé; c'est un témoignage que tout le monde lui rend : mais je crois l'autre tête bien plus sûre quand il sera question d'agir, et d'ailleurs intiniment plus au fait.

LE MARÉCHAL DE SAXE

Fils du roi de Pologne Auguste II, Maurice de Saxe prit du service en France en 1720, fut élu duc de Couiiande sans pouvoir prendre possession du duché, revint en France, et devint le plus

1. « Il est plus prudent et plus sensible que personne aux plus légères délicatesses >, disait ailleurs Daguesseau du procureur général.

"2. Gilbert de Voisins, avocat général, mort en 1769. Forcé par le 'cvoir de sa charge de rciiucrir

l'enregistrement des édits, il déclara que ce devoir lui était plus terrible que le sacrifice de sa fortune etde sa vie.

3. Lettres et Mémoires, 179i, o vol. in-8. — Frédéric 11, Correspondance générale., t. II, p. 2911.

grand capitaine de son temps, avant que Frédéric II eût paru. Lieutenant général en 4756, maréchal en 1743, il se couvrit de gloire en Bohême et aux Pays-Bas pendant la guerre de la succession d'Autriche. Ses actions les plus fameuses sont les victoires de Fontenoy (1743), de Raucoux (174(3) et de Lawfeld (1747).

Les lettres qu'il a écrites sont une correspondance officielle toute relative à la préparation et à la conduite de ses opérations militaires. Il y a cependant quelques pages d'un caractère plus intime où se découvrent la physionomie personnelle de l'homme, son énergie pleine de finesse, et sa connaissance parfaite non seulement de la partie matérielle et technique de l'art militaire, mais aussi des éléments moraux (jui contribuent tant aux succès ou aux revers.

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