‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 36 sur 558 · I. — DIPLOMATIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

I. — DIPLOMATIE MILITAIRE

Au COMTE DE KaUNITZ *.

Au quartier général de Laeken, sous Bruxelles, le 11 février 1740' Monsieur,

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire hier, et assurément la proposition que Votre Excellence me fait, serait acceptable dans d'autres occasions. Je connais les égards qu'on doit à une nombreuse et brave garnison, et je serais approuvé de lui accorder tous les honneurs de la guerre ; mais Bruxelles ' n'est point une place tenable ; il ne serait pas possible d'assembler d'armée

i. Le comte, plus tard prince de Kaunitz (1711-1791), était gouverneur des Pays-Bas, Il fut ensuite ambassadeur en France et conclut l'alliance de la France et de l'Autriche qui amena la guerre de Sept Ans : les circonstances y firent peut-être plus que son habileté.

2. L'année précédente avait été marquée par la victoire de Fontenoy. Au début de la campagne de 17-iG, le maréchal de Saxe surprit Bruxelles, et y fil prisonnière une nombreuse garnison.

3. Où il n'y avait nulle fortification, et qui n'était jamais défcuduf

LE MARÉCHAL DE SAXE. 57

pour venir à son secours, sans courir risque d'une destruction totale; aucuns moyens ne me manquent; je puis les augmenter en artillerie et en tout, autant que je le veux : ainsi, il ne me faut qu'un peu de temps et quelques précautions, pour vous faire demander des conditions honnîtes, quoique un peu dures.

Mon intention n'est point de faire de Bruxelles une place de guerre, et ces grandes villes, qui font l'ornement d'un pays, devraient toutes être traitées sur le pied où s'est mis Milan. Vous avez fait la faute d'y mettre une grande garnison, il est juste que nous en profitions,

J'enverrai cependant un courrier sur-le-champ à la cour, pour savoir ses ordres ; je crains seulement nos propres troupes : elles sentent leur supériorité, et jusques aux soldats connaissent des défauts à cette grande ville, que j'ignorais, et que, peut-être, Votre Excellence ignore ellemême; je crains donc que, dans une attaque un peu vive, ils ne forcent de toutes parts leurs officiers à marcher, et lorsque je les saurai une fois dedans, il faudra bien que j'aille à leur secours, Jugez, Monsieur, du désordre et de la confusion d'une telle circonstance ; il me serait triste que ma vie fût marquée par une époque telle que l'est celle de la destruction d'une capitale.

Votre Excellence ne saurait croire jusques où le seldat français pousse l'industrie et la hardiesse : j'ai vu plusieurs fois, à la reddition des villes, pendant qu'on réglait les points de la capitulation, toute la ville se remplir de soldats sans savoir par où ils y étaient entrés. A Philipsbourg* cela nous est arrivé : cependant les otages en sortaient et entraient par un seul petit bateau. A Ypres*, qui assurément est une place avec de hauts remparts, couverts d'ouvrages et de bons fossés, tous les postes étaient garnis de troupes hollandaises ; je fus voir M. le prinœ de liesse, que je connais depuis longues années; pendant que j'étais chez lui, toute la ville se remplit de soldats français, sans qu'on ait su

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