‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 38 sur 558 · LE SOLDAT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE SOLDAT FRANÇAIS

A Frédéric II «.

Septembre 1746.

Sire,

J'ai reçu la lettre que Totre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire le 18 août, et j'ai à vous demander pardon, Sire,

1. Le comte (l'A rgcnson, ministre de la guerre, à qui Maurice communiqua sa correspondance avec Kaunitz, lui répondit en ces termes :

« Je ne saurais me contenter d'approuver simplement de la part do S. M. le commerce de lettres dans lequel vous avez été avec M. de Kaunitz, et la réponse que vous lui avez faite est si douce, si insinuante el si persuasive, que je ne puis me refuser de vous marquer toute l'impression qu'elle m'a faite; c'est en vérité un chef-d'œuvre dans son f enre ; le roi en a jutré de même :

il a voulu qu'elle fût lue au Conseil, où elle a eu un applaudissement général,et M. le maréchal (le Noailles exige de moi que Je lui en donne une copie. » Cette lettre adroite fit son effet; toutes les velléités de résistance de la place tombèrent, et Kaunitz se rendit aux conditions que voulut lui imposer le maréchal.

2. Le maréchal de Saxe et Frédéiic II s'étaient rencontrés cnl728, 1730 et 1712. Le roi estimait beaucoup les talents du maréchal, qu'il acoueillit très amicalement à Berlin ma 17ia.

LE MARÉCHAL DE SAXE

si je n'ai pas répondu plus tôt à Votre Majesté. Mes occupations * ont été moins la cause de mon silence que l'incertitude dés événemens, et mon amour-propre aurait été trop humilié, si j'avais -annoncé des je ne sais à Votre Majesté pour justifier ma conduite. Mais Namur est pris, et, quoique je me sois affaibli de soixante-deux bataillons et d'autant d'escadrons, j'ai contenu M. le prince Charles-, qui est actuellement vis-à-vis de moi, à une portée de canon ; un petit ruisseau nous sépare '. Je ne crois cependant pas qu'il m'attaque, et je crois avoir beaucoup fait de l'avoir obligé de m'abandonner Namur et de se retirer par un pays où son armée a souffert considérablement, sans m'être commis à un combat toujours douteux lorsque l'on n'a pas des troupes sur la discipline desquelles l'on peut compter.

Les Français* sont ce qu'ils étaient du temps de César, et tels qu'il les a dépeints, braves à l'excès, mais inconstans, fermes à se faire tous tuer dans un poste lorsque la première élourderie est passée, car ils s'échauffent dans les affaires de poste, si l'on peut les faire tenir quelques minutes seulement; mauvais manœuvriers en plaine. Tous ces défauts, Sire, vous ne les connaissez pas dans vos troupes, et vous savez positivement ce que vous en pouvez attendre. Il faut donc avoir recours alors aux dispositions que l'on ne saurait faire avec trop de soin. Le simple soldat s'y connaît, et lorsqu'ils sont bien postés, l'on s'en aperçoit d'abord à leur gaieté et à leurs propos. Toutes ces choses sont fort sujettes à caution, et l'on ne peut s'en garantir que par les avantages que l'on peut tirer des situations que le pays où l'on se trouve peut fournir. Comme il ne m'est pas possible de les former comme ils devraient être, j'en tire le parti

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