DIPLOMATIE
A l'électrice Marîe-Antonie de Saxe *•
Berlin, 7 janvier 1766.
Madame ma sœur,
Si la force de la vérité me fait publier quelque éloge de votre mérite, quand j'oublie. Madame, que j'écris à Votre Altesse royale, je la prie de me pardonner; c'est vouloir parler de géométrie sans y mêler les idées de surface, de profondeur et de calculs '. Elevé dans les camps et dans le tumulte des armes, je n'y ai point appris l'art de déguiser mes pensées ; la vérité naïve, la conscience intime de mes pensées, passent dans mes paroles, ainsi qu'au bout de ma plume'. J'ai les cinquante ans bien sonnés; on ne se corrige pas à cet âge; ainsi. Madame, j'ai recours à votre indulgence, à votre bonté, à votre équité. Prenez-moi tel que je suis, et que je resterai probablement jusqu'au moment que j'irai rôtir en purgatoire, entre votre défunte belle-mère* et la bonne madame Lodron.
Mais avant que d'aller à ce lieu d'expiation. Votre Altesse royale désire qu'on nomme des commissaires pour ajuster et régler ce qui se peut pour le commerce commun. Je vais, Madame, selon vos intentions, remettre cette affaire aux ministres; nous détacherons grosse perruque contre grosse perruque, et ils feront des merveilles. Souffrez toutefois, Madame, que j'ajoute à ceci quelques réflexions.
Vos bons amis, vos alliés', ces Autrichiens qui ont tant d'obligations à la Saxe pour s'être ruinée en couvrant el garantissant la Bohême des malheurs de la guerre; vos bons amis, dis-je, ont à peine attendu que la paix fût
1. Cf. p. 503. Frédéric trouva dans celle princesse un digne iiilcrloculcur, fort capable de lui tenir têle et de rien céder
2, Le madrigal est pcbaiit.