‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 398 sur 558 · L'ÉLECTRICE MARIE-ÂNTONIE DE SAXE · texte numérisé non relu

L'ÉLECTRICE MARIE-ÂNTONIE DE SAXE

Le français fut la langue des cours pendant le xviii» siècle, et surtout en Allemagne. Comme Frédéric II, tous les grands et petits princes de l'Empire, électeurs, margraves, grands-ducs, parlaient le français élégant, et méprisaient la rude langue allomande. Beaucoup avaient leur troupe de comédiens îrançais, et le bâtissaient un Versailles. Des souverains de quelques lieue» carrées jouaient au Louis XIV.

Aussi parmi les correspondants du roi de Prusse trouve-t-on un grand nombre de princes et de princesses d'Allemagne, qui lui tiennent par le sang et l'amitié. On y distingue surtout trois femmes supérieures : la margrave de Baireuth, philosophe épicurienne, d'humeur vive et susceptible, facile à piquer, mais en somme profondément attachée à ce frère dont elle médisait parfois; la duchesse Louise-Dorothée de Saxe-Gotha, une amie dévouée aussi, et philosophe également, correspondante de Voltaire et de Diderot; enfin l'électrice Marie-Antonie de Saxe.

Celle-ci, la philosophie l'inquiète peu. Son État et sa maison, voilà tous ses soucis, et l'objet de tous ses efforts. Elle emploie à défendre les intérêts qui lui sont cliers, un esprit original, vigoureux, souple, plein de ressources. Elle donne dignement la réplique à Frédéric, elle lui tient tête; tour à tour hardie, insinuante, ferme, ironique, et donnant à entendre avec une exquise politesse, qu'elle n'est pas dupe de tous les raisonnements moraux et philosophiques à l'abri desquels le vieux roi poursuit se» desseins politiques. Tout en admirant son correspondant, elle échappe à son ascendant : sympathique et non séduite, elle se maintient indépendante, et ne se laisse ni dominer, ni effacer par ce grand esprit. Même auprès de lui, sa physionomie garde un relief singulier, et par la netteté vigoureuse de la pensée, par la fine précision de la forme, ses lettres ne pâlissent point parmi celles de ce roi qui fut un grand écrivain français : elles valent par elles-mêmes, et non comme réponses ou provoquant des réponses.

Cette femme distinguée était une princesse de Ba.vière, fille du malheureux empereur Charles VII. Elle épousa le prince de Saxe fils de l'électeur et roi de Pologne, Auguste III, qui mourut en

4705 : elle perdit son mari la même année, et gouverna la Saxe au nom de son jeune fils.

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