I. — INSINUATION DIPLOMATIQUE Ad roi db Prusse
Dresde, 14 mai 1764.
Sire,
Je quitte la féerie * et tous les jeux brillans de l'iinagination pour me livrer tout entière au sentiment. Qu'il est beau de voir un grand guerrier faire l'éloge de la paix avec une éloquence qui parait» venir du cœur! Votre Majesté nous fait espérer la conservation de cette paix si désirable. Elle juge qu'on peut la maintenir en Europe. Mais, Sire, de quelle condition en faites-vous dépendre la possibilité? Pourvu que les puissances ne veuillent pas se raidir contre un projet dont il vous paraît qu'une certaine puissance * ne se départira jamais. On nous donna l'autre jour Les Trois frères rivaux'^. Madame Pbilidor déclare qu'elle sera la complaisance même, pourvu que son mari se soumette à toutes ses volontés. Les rois, Sire, ne ressemblent guère au bonhomme Philidor. Ne serait-il pas plus simple de ne se mêler que de ses propres affaires, d'abandonner, par exemple, aux Polonais le soin de s'accorder sur le choix d'un roi? Faites adopter. Sire, un moyen si juste et si (ticile. Vous le pouvez, j'en suis certaine, si vous le voulez ;
1. L'électrice voulait faire son fils roi de Pologne comme l'avaiont été Aufjuste III et son prédécesseur. Elle tâchait d'amener Frédéric à la seconder contre la Russie, qui s'opposait à ses desseins.
Mais Frédéric tenait à l'amitié de Catherine II, et lui-même au reste De voulait point donner à la Po- Jognc un roi qui disposât des forces de la Saxe.
%. L'électrice aviit souhaita de
pouvoir d'un coup de baguclle transformer le roi de Prusse en avocat de sa cause.
3. Notez ce parait. : c'est le genre de malice ordinaire h l'électrice, qui pèse tous ses mots.
i. Le projet qu'avait Catlienne de faire régner en Pologne une do ses créatures, et d'y entretenir l'anarchie.