REPLIQUE
An MÊME.
Dresde, 1* mars 1766.
Sire, Plus je remarque à Votre Majesté d'inquiétude sur le jugement que je puis porter de ses lettres, plus je redoute le sort de mes réponses. Si j'osais, Sire, je suivrais un peu votre comparaison. Vous êtes né sur le trône, et vous êtes un très grand roi. Placé dans la classe commune des liommes, vous eussiez été un particulier très aimable; je dirai plus, vous eussiez été vraiment heureux. Vous appréciez si bien, Sire, la vaine estime des humains et leur jugement bizarre, que sûrement vous avez gémi plus d'une lois de l'obligation d'y assujettir vos désirs et vos actions; et il y a bien de l'intervalle entre les douceurs de sacrifier sa chemise au soulagement du premier individu malheureux, et la triste nécessité de passer souvent pour injuste, afin de se garantir du soupçon d'être faible. Étrange condition du trône, si effectivement eJle gêne dans le souverain l'exercice des vertus qu'il souhaite à son sujet I Mais cet élan de moralités m'entraine: ne vous en prenez. Sire, qu'à votre philosophie; le fond en est si juste, si consolant pour l'humanité, que je me livre un peu à ma mauvaise humeur contre les barrières qui s'élèvent quelquefois entre la théorie et la pratique. Quand Voltaire a dit : Si j'étais roi, je voudrais être juste, c'était une espèce decapucinade poétique, et il ne voyait pas que cette qualité, si utilement active dans un particulier, ne fait souvent d'un prince