LES GRIEFS DU MARQUIS D'ARGENS
Au u£me.
Dijon, 14 décembre 17C8
Sire,
Votre Majesté me permettra, au commencement de cette année, de lui souhaiter une suite continuée de prospérités. Puisse-t-elle trouver dans sa famille tout le contentement qu'elle désire et voir naître un grand nombre d'arrièreneveux, être toujours chérie de son peuple, respectée de ses voisins et redoutée de ses ennemis! Ce sont là les souhaits, Sire, que je forme pour le bonheur de Votre Majesté, et dont j'espère voir l'heureux accomplissement, personne n'ayant pour elle ni plus de respect, ni plus d'admiration, ni plus d'attachement.
Après avoir rendu au roi de Prusse, ce que ses grandes qualités exigent, oserais-je, Sire, proposer une question au philosophe de Sans-Souci ? Qui dit philosophe dit amateur de la sagesse; or, la sagesse ne s'ollensa jamais des vérités respectueuses. Je supplie donc Votre Majesté de demander au philosophe de Sans-Souci, sans que le roi do Prusse puisse jamais rien savoir de celte question, ce que la postérité penserait de l'empereur Julien, s'il avait répandu dans toute l'Europe contre le philosophe Libanius, avec lequel il disait vivre amicalement, un écrit* capable d'exciter tous les chrétiens fanatiques d'attenter * à sa vie. Je demande encore ce que dirait cette même postérité, si Trajan avait composé une satire', précédée d'une épitre dédicatoire plus mordante que la satire, contre Pline, qu'il approchait de sa personne en qualité d'un homme de lettres qui lui était attaché. Enfin, quel serait l'étonnemml
1. Allusion au mandement de V archevêque d'Aix, 17G6. (Mole de M. de Preuss,)