I. — NAISSANCE D'UN DAUPHIN
A Gustave III.
22 octobre 1781.
La reine est accouchée d'un dauphin aujourd'hui à une heure vingt-cinq minutes après midi*.... On avertit Mme la duchesse de Pohgnac* à onze heures et demie. Le roi était au moment de partir pour la chasse avec Monsieur et M. le comte d'Artois. Les carrosses étaient déjà montés, et plusieurs personnes parties. Le roi passa chez la reine; il la trouva souffrante, quoiqu'elle n'en voulût pas convenir. Sa Majesté contremanda aussitôt la chasse. Les carrosses s'en allèrent. Ce fut le signal pour tout le monde de courir chez la reine, les dames, la plupart dans le plus grand négligé, les hommes comme on était. Le roi cependant s'était habillé. Les portes des antichambres furent fermées, contre l'usage, pour ne pas embarrasser le service, ce qui a produit un bien infini. J'allai chez la duchesse de Pohgnac, elle était chez la reine; mais j'y trou val Mme la duchesse de Guiche', Mme de Polastron, Mme la comtesse de Grammont la jeune, Mme de Deux-Ponts et M. de Châlons. Après un cruel quart d'heure, une femme de la reine, tout échevelée, tout hors d'elle, entre et nous crie : o Un dauphin! mais défense d'en parler encore ». Notre joie était trop grande pour être contenue. Nous nous précipitons hors de l'appartement, qui donne dans la salle des gardes de la reine. La première personne que j'y rencontre est Madame, qui courait chez la reine au grand galop.