CoDstantinople
déserts : je ne sais plus où je suis, ni dans quel siècle je suis. Quand je vois tout d'un coup s'élever des montag^nes qui se promènent, je crois que c'est un rêve : ce sont des haras de dromadaires qui, lorsqu'ils se mettent sur leurs grandes jambes, ressemblent, à une certaine distance, à des montagnes en mouvement. N'est-ce pas là, me dis-je, ce qui a fourni l'écurie des trois Rois, pour leur fameux voyage de Bethléem? Je rêve encore, me dis-je, quand je rencontre de jeunes princes du Caucase, presque couverts d'argent, sur des chevaux d'une blancheur éblouissante. Quand je les vois armés d'arcs et de flèches, je me crois au temps du vieux ou du jeune Cyrus. Leur carquois est superbe; mais les traits du vôtre sont plus piquans et plus gais. Quand je rencontre des détachemens de Circassiens, beaux comme le jour, dont la taille, enfermée dans des corps, est plus serrée que celle de madame de L... ; quand je trouve ici des Mourzas mieux mis que la duchesse de Choiseul aux bals de la Reine, des officiers de Cosaques, ayant plus de goût que Mlle Bertin * pour se draper, et des meubles et vétemens dont les couleurs sont aussi harmonieuses que celles de madame Lebrun* dans ses tableaux, je ne reviens pas de mon étonnement. De Stare Krim, dont on a fait un palais pour y coucher une seule nuit, je découvre ce qu'il y a de plus intéressant dans deux parties du monde, et presque jusqu'à la mer Caspienne : je crois que c'est une parodie de la tentation de Satan, qui ne montra jamais rien de si beau à Notre-Seigneur. Je vois du même point, en sortant de ma chambre, la mer d'Azoph, la mer Noire, la mer Zabache^, et le Caucase. Le coupable* qui y fut mangé (éternellement je crois) par un vautour, n'avait pas dérobé
1. C'est la grande couturière du temps, dont on citait les mots.
Au marquis de Toulongeon, qui trouvait ses i)rix trop élevés : « Ne paie-t-on à Vernet que sa toile et ses couleurs. » Avec une cliente peu aisée à satisfaire :« Présentez donc ii Madame les échanlillons de mou
dernier travail avec Sa Mnjeslé. »
2. M" Vigée-Lebrun (1755-1812) fit surtout des paysages et des por traits : celui de Marie-Antoincti en 1779.
3, Ou lagune de Sivaclijl'anrieuD»
mer l'utride.
■i. l'romélliée.
LE PRINCE DE LIGNE
autant de feu que vous en avez dans les yeux et l'imagination ; du moins votre furet subtil et fou, l'abbé d'Espagnac, le dirait ainsi.
Je crois rêver quand, dans le fond d'une voiture à six places, qui est un vrai char de triomphe, orné de chiffres en pierres brillantes, je me trouve assis entre deux personnes, sur les épaules desquelles la chaleur m'assoupit souvent, et que j'entends dire en me réveillant, à l'un de mes camarades de voyage*. « J'ai trente millions de sujets, à ce qu'on dit, en ne comptant que les mâles. — Et moi vingt-deux, répond l'autre-, en comptant tout. — 11 me faut, ajoute l'une, au moms une armée de six cent mille hommes, depuis le Kamtschatka jusqu'à Riga. —Avec la moitié, répond l'autre, j'ai juste ce qu'il me faut w
Nous passons en revue, en voiture, tous les états et les grands personnages. Dieu sait comme nous les accommodons. (( Plutôt que de signer la séparation de treize provinces', comme mon frère George", dit Catherine II avec douceur, je me serais tiré un coup de pistolet. — Et plutôt que de donner ma démission comme mon frère et beau-frère*, en convoquant et rassemblant la nation pour parler d'abus, je ne sais pas ce que j'aurais fait, » dit Joseph II.
Ils étaient aussi du même avis sur le roi de Suède', qu'ils n'aimaient pas; et que l'Empereur, disait-il, avait pris en guignon en Italie, à cause d'une robe de chambre bleu et argent, avec une plaque de diamans. L'un et l'autre convinrent qu'il a de l'énergie, du talent et de l'esprit.