‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 453 sur 558 · I. — UN DINER EN · texte numérisé non relu

I. — UN DINER EN

An PRINCE DE Ligne.

Ce 16 janvier 1780.

Quel dindon que celui que nous venons de manger chez la comtesse Diane*! Mon Dieu, la belle bête! c'était M. de Poix» qui l'avait envoyée de la ménagerie. Nous étions huit autour de lui : la maîtresse de maison, Mme la comtesse Jules', Mme d'Hénin et Mme de la Force, M. le comte d'Artois, M. de Vaudreuil*, le chevalier de Crussol et moi.

Pendant que nous le mangions, mais sans que ce fût à propos de lui, quelqu'un a parlé de vous, mon prince. Voyons que je me rappelle qui? C'est une dame..., non, c'est un homme, oui, sûrement c'est un homme, car il a dit Chariot, nos dames n'ont point de ces familiarités-là. C'est un homme qui était à gauche de Mme la comtesse Jules. Comptons : moi, j'étais auprès du poêle, ici le chevalier de Crussol, là M. de Vaudreuil, et puis.... M'y voilà, c'est M. le comte d'Artois, c'est lui, j'en suis sûr à présent. Il a dit : « A propos, qui est-ce qui sait si Chariot est arrivé à Bruxelles? » J'ai dit : a Moi, Monseigneur, je le sais, car j'ai quatre lignes de sa propre main et je m'en vais moimême lui écrire : qui est-ce qui veut lui faire dire quelque chose? » Tout le monde a répondu en chœur : « Moi, moi, moi! » J'ai démêlé dans la confusion des paroles : « Je l'embrasse, je l'aime, qu'il vienne, nous l'attendons ! » et,

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