‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 459 sur 558 · UN VOYAGE A MOSCOU · texte numérisé non relu

UN VOYAGE A MOSCOU

A Grimji

A Tver-, 1 juin 1785.

J'allais de Pétersbourg (dont je suis partie le 24 mai) voir les communications d'eau qui y mènent les provisions de bouche et les marchandises; l'ambassadeur de l'empereur', le ministre de France et celui d'Angleterre, désirant de faire la même tournée, étaient dans ma suite. Nous allions sur la grande route de Moscou fort gaiement et en parfaite santé, malgré les gazettes, pour nous rendre à Borovitchi, lieu où nous devions nous embarquer. Arrivés à Vichnii Volotchok, voilà que le comte Bruce* nous arrive de Moscou; il se met à nous prêcher de pousser plus loin et de lui rendre visite dans Moscou; personne ne l'écoute; il continue: «Quelle folie! comment, jusqu'à Moscou? — Oui, jusqu'à Moscou. — Et où trouver des chevaux? — C'est mon affaire. — Nous voulons dîner, souper, dit la compagnie. — Vous trouverez tout cela, )) fut la réponse. On commence à se faire à l'idée, on commence à en être tenté : tout le monde trouve cela charmant; on succombe à la tentation; le comte Bruce se jette dans son carrosse et part comme un éclair. Nous le suivons, et nous voilà à Tver par le plus beau temps du monde et par un pays et des situations tout à fait riantes; l'ambassadeur, les en-

Page 1