PIERRE-AUGUSTIN C4R0N DE BEAUMARCHAIS
Si la correspondance comprete rfe Beaumarchais était imprimée tout entière et convenablement classée, ce serait un des plus curieux monuments du xyiii* siècle. On y verrait s'étaler au grand jour cette natui'e si complexe, si exubérante, si sensible, si joyeuse, si courageuse, mélange inimaginable de polissonnerie et de fierté, de rouerie et de droiture, de bouffonnerie et d'entliousiasme, l'authentique original de Figaro, mais original aussi intéressant, plus riche, et enfin plus estimable que la copie. On y suivrait toutes les vicissitudes de cette existence romanesque et tapageuse, telle que l'imagination de Beaumarchais n'en eût point rêvé de plus étonnante : scénario d'une pièce sans nom, tour à tour comédie, drame, tragédie, mélodrame, opéra-comique, farce; où tous les sujets se mêlent et se coudoient, infortunes bourgeoises avec duels et enlèvements, spéculations industrielles, intrigues policières, fournitures militaires, politique étrangère et diplomatie, procès, condamnations judiciaires, popularité bruyante emprisonnements, succès littéraires, enfin pour dénouement la ruine et l'oubli. Et le héros de cette invraisemblable pièce apparaîtrait sous tous les costumes et traverserait tous les mondes, horloger, musicien, secrétaire du roi et, dès lors, gentilhomme, lieutenant général des chasses, marchand de bois, auteur dramatique, millionnaire, plaideur et traîné en justice, déclaré infâme par le Parlement et chargé de missions confldentielles par le roi, soutien de famille et premier allié des États-Unis d'Amérique, précurseur et victime de la Révolution, donnant le premier coup à l'ancien régime et persécuté par le nouveau comme suspect d'attachement à l'ancien. Cet esprit et cette fortune, tout cela serait peint dans la correspondance de Beaumarchais, comme Voltaire vil dans la sienne : on a le droit de l'affirmer, après la lecture des lettres qui sont éparses dans les œuvres de Beaumarchais et dans les ou-