‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 487 sur 558 · SUR LUI-MEME · texte numérisé non relu

SUR LUI-MEME

A Monsieur de Tallkyrand*.

Je souriais, avant-hier au soir, du magnifique éloge que vous faisiez de moi en attestant que je suis dupe de tout le monde. Être dupé par tous ceux qu'on a obligés, — du sceptre jusqu'à la houlette, — c'est être victime et non dupe. Au prix d'avoir conservé tout ce que l'ingrate bassesse m'a ravi, je ne voudrais pas une seule fois m'être comporté autrement. Voilà ma profession de foi. Ce que je perds me touche faiblement : ce qui touche la gloire ou le bonheur de ma patrie épuise toutes mes sensibihtés Quand nous commettons une faute, j'en ai une colère d'enfant, et sans que je sois bon ni employé à rien, je répare en projet chaque nuit nos sottises de la journée. Voilà ce en quoi mes amis prétendent que je suis une dupe, chacun, dit-on, ici ne pensant qu'à lui seul. Quelle fichue patrie, s» cela était vrai pour tous! mais je suis sûr et très sûr du contraire. Quand voulez-vous voir mon petit commerce de dupe-? Vous n'en serez pas mécontent; vous y trouverez à puiser pour le passé, le présent, l'avenir, — l'avenir, seule chose qui existe pour nous ! Pendant qu'on parle des deux autres, elles sont déjà bien loin, bien loin. Salut, impérissable attachement.

Beaumarchais.

1. L'ancien évêqued'Aulun (1754- 1S58) était alors ministre des DfTaires étrangères du Directoire.

S. Beaumarchais avait fait un mémoire en laveur de la paix avec les États-Unis,dont les relations avec

la France avaient été récemment troublées. Il voulait être envoyé eu mission dans ce pays, dont il était créancier pour de fortes sommes depuis la guerre de l'Indépendance, sans pouvoir se faire payer.

ECOUCHÂRD-LEBRUN*

Lebrun-Pindare, qu'on aurait mieux fait de surnommer Martial, puisqu'il joignait à l'humeur satirique l'art des adulations intéâ€ssées, est un assez méprisable personnage. Même quand il venge le bon sens et le bon goût, il faut qu'un sentiment persotmel et bas anime sa verve. Il savait voir et rendre avec une implacable justesse les faiblesses, les sottises et les erreurs de ses ennemis. Or il en avait beaucoup, depuis La Harpe jusqu'à Fréron, dans toutes les écoles littéraires et dans tous les camps philosophiques. Parmi les lettres qu'il a laissées, un bon nombre sont adressées à Palissot, autre satirique, avec qui il était sûr de s'entendre. Les lettres qu'ils échangent sont d'une aigreur que rien ne tempère, d'un ton mécontent et malveillant que rarement adoucit un mot d'affection ou d'éloge pour quelqu'un ou quelque chose. L'humeur et la haine leur donnent quelquefois de la clairvoyance et les mettent en verve, comme il est arrivé à Lebrun dans la lettre que je cite, où il a noté avec esprit quelques travers de la coterie encyclopédiste.

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