Abhaye cistercienne dans le pays de Comminges
2. La fondatrice légendaire des Jeux Floraux, dont l'existence est considérée aujourd'hui comme plus que problématique.
3 Jeanne de Scj;la, femme d'un trésorier de France. Elle a fait des
poésies qui ont été imprimées son fils avec ses lettres.
4. M. de Tourny, qui a fait emhellir Bordeaux. Les travaux qu'il avait ordonnés menaçaient de masquer l'hôtel de l'Académie : elle s'y opposa et plaida longtemps contre l'inteudaat.
LE MARQUIS DE VAUVENARGUES. Til
LE MAROUIS DE YAUYENARGUES
LUC DE CUPIERS
La correspondance de Vauvenargucs éclaire ses autres œuvres et leur donne un sens et un prix inattendus. On soupçonnerait peut-être, mais on ne connaîtrait pas certainement la qualité de cette âme, si on lisait seulement les Discours, les Caractères et les Hé/lexions ; et surtout on méconnaîtrait ce qu'il y a dans ces écrits de plus intéressant de plus émouvant, si on les étudiait comme les œuvres d'un moraliste, d'un sage précoce, qui a observé d'un regard curieux les esprits des hommes et s'est fait le spectateur du monde. Vauvenargues lut autre chose. Il ne fut écrivain et peintre que par occasion, pour occuper son loisir et tromper son impatience; l'observation morale fut un moyen et non un but pour lui : il regardait le monde, comme un capitaine étudie son ten*ain, pour y combattre et préparer la victoire. Vauvenargues tendait tout à l'action, et tout ce qu'il a écrit, ce qui lui a donné place parmi nos moralistes, ce sont ses désirs, ses aspirations, ses inclinations, ses dégoûts, ses haines, ses rêves de gloire et ses plans de combat : tout cela est personnel, intime; ce sont des confidences échappées dans la fièvre de l'ennui : il n'y a pour amsi dire pas là une observation désintéressée, où le plaisir de voir et de rendre la vie soit l'unique mobile de l'écrivain.
La vie de Vauvenargues, si pauvre d'événements et de surprises, fut tragique, si l'on regarde les agitations secrètes de son âme. Capitaine au régiment du Roi, il donne sa démission, sollicite un emploi dans la diplomatie, et meurt à trente-deux ans, sans avoir rien fait que quelques écrits d'un talent encore inégal et peu mûr, mais ayant forcé l'amitié, l'estime et môme le respect de Voltaire, ayant imposé à Marmontel la plus chaude admiration que ce médiocre httérateur ait ressentie pour on autre.
Vauvenargues a fait la dure campagne de Bohême, et la terrible retraite qui la termine si tristement : sa santé délicate s'y est ruinée pour jamais, et dès lors de douloureuses infirmités l'assiègent et ne le quitteront plus. Mais ce n'est pas là ce qui lui
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fait quitter l'armée. 11 se sent confiné dans les emplois subalternes, et voilà ce qui le dégoûte de la carrière. Tout marquis qu'il est, il est de médiocre naissance, sans grande alliance, sans protecteurs. Il n'a pas de fortune pour acheter un régiment ou se faire des amis. Il n'a pas l'esprit d'intrigue, le talent de la flatterie, la science des bassesses utiles pour se pousser. Il n'a cessé de prêcher la souplesse insinuante et liante dans les affaires : mais il voulait remployer à faire triomplier de grands intérêts, et ne la pratiquait pas en ce qui lui était exclusivement personnel. Il aurait aimé la guerre, mais, avec l'occasion d'y exercer les plus hautes qualités morales, il aurait voulu les emplois qui permettent à l'esprit d'y déployer toutes ses ressources. Enlin la décadence de nos armées, la ruine de la discipline, la légèreté, l'inapplication des officiers supérieurs, les désordres qu'ils toléraient dans les soldats, tout ce qui éclata si honteusement dans la guerre de Sept Ans et se traduisit en désastres sans exemples pour nos armes, avaient frappé les yeux de Vauvenargues. Il donna sa démission, renonçant à l'espoir de devenir capitaine de grenadiers.
Il était consumé d'ambition : mais c'est une ambition héroïque qui n'a rien de bas, et qui n'est que le désir de se dévouer avec éclat au bien public. Il sentait sa valeur, et était impatient d'en donner des preuves. Il avait étudié les hommes, il aimait leur société; ni leurs passions ni leurs vices même ne lui faisaient peur. Il aimait à traiter avec eux, à les combattre, à les faire servir à ses vues. Aussi se crut-il destiné à la diplomatie : de fait, avec cette périél ration naturelle qu'il avait, cette éloquence séduisante dont tous ses amis étaient frappés, avec cette grandeur de courage, cette hauteur de vues, ce dévouement au bien public qui paraissent dans toutes ses paroles, je ne doute pas qu'il n'eût été avantageux à la France de compter parmi ses diplomates un homme tel que Vauvenargues. Celui-là assurément aurait eu l'activité, l'application et la volonté
Quand cet espoir de servir son pays se dissipe, quand la maladie lui interdit l'action, alors l'ambition qui bout en lui prend un autre cours, et tend à la gloire par d'autres elTorts. C'est alors que les lettres apparaissent à Vauvenargues non seulement comme une consolation de son impuissance, mais comme une promesse d'immortalité.
Vauvenargues est vraiment un héros de Corneille : il poursuit le même idéal, et il est mû des mêmes ressorts. M-\is il est plus
LE MARQUIS DE VAUVENARGUES
inquiet, pins agité, plus déchiré : il se débat contre des nécessités qui l'oppriment, et qui mêlent de la pitié à notre admiration. Rien n'est plus triste que de voir contre quelles mesquines préoccupations s'use et s'épuise ce grand cœur I
A cette ambition, qui est la caractéristique de son caractère, ajoutez toute la tendresse et toute la noblesse imaginables, une sagesse qui n'a rien de froid, toutes les nobles passions, fermeté, fierté, générosité : voilà comment Vauvenargues se révèle dans ses lettres au marquis de Mirabeau et à Fauris de Saint-Vincens, les deux amis de son enfance. A Voltaire, dans cette correspondance qui leur fait également honneur à tous les deux, il fait la contidence de ses idées philosophiques et littéraires. Vauvenargues est de son temps : il en a les idées, accommodées à la hauteur de son âme. 11 n'est pas irréligieux, mais il ne croit pas : jamais l'idée d'une vie future, ou les devoirs de la créature envers son Dieu ne sont les principes de sa conduite. Il semble ne connaître d'immortalité que celle de la gloire, et les hommes, comme il l'a dit, la vie présente sont l'uniciue fin de ses actions. Il a secoué toute autorité, tout préjugé : sa raison seule le dirige. Même en littérature, ce qui est le plus rare en ce temps-là, il est absolument indépendant; nul respect, nulle tradition, nul pré jugé d'éducation ne contraignent son goût. Il doit sans doute cette hardiesse originale de jugement à sa faible santé qui ne lui avait pas permis d'étudier : il ne lisait pas le grec, à peine le latin.