‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 501 sur 558 · A SON FRÈRE · texte numérisé non relu

A SON FRÈRE

En attendant qu'on vous rende justice, occupez-vous. Îa. travail est un don du ciel, il bannit l'inquiétude, fixe nos idées et apporte toujours à sa suite quelques heureux fruits. Tout est bon pour s'occuper, consultez seulement votre inclination ; on lait toujours bien ce qu'on fait avec plaisir. Amusez-vous à réformer votre écriture, à vous rappeler le latin, ou à apprendre quelque langue étrangère. Cultivez le dessin. J'ai vu autrefois de vous une carte joliment dessinée. Ces exercices pourront un jour vous être utiles. Les petits talens servent plus à la fortime que les grandei^ vertus.

Si vous voulez les étendre à votre partie, représentez sur le papier ces grands mornes'* de Saint-Domingue hérissés (le pitons, entrecoupés d'affreuses ravines, ces marais où croissent des roseaux grands comme des arbres, ces paysages américains'' inconnus à nos artistes; amusez-vous à les fortifier et à les défendre avec un peu de monde. Faites un roman militaire, ceux de la morale ont quelquefois servi à réformer de grandes sociétés.

Si le crayon se refuse à votre imagination, prenez In plume; le tableau représenté à l'âme est encore supérieur à celui qui ne parle qu'aux yeux. On adiinrera toujours les vivantes et immortelles peintures d'Ilomère et de Virgile. Dans le lieu où vous êtes, Voltaire fit une partie de la Ueîiriade.

Ce n'est pas que je vous conseille défaire des vers si vou

1. Ce frère, nommé Dutailly, «vait été au service des Étals-Unis; il était à la Bastille depuis plusieurs mois, accusé d'avoir voulu livrer la Géorgie aux Anglais. Selon Bernardin de Saint-Pierre, la lettre qui contenait cette proposition n'était

pas sérieuse, el Dutailly n'y avait vu qu'un moyen ingénieux d'échapper aux corsaires anglais en les trompant.

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