‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 502 sur 558 · Chateaubriand allait bientôt les faire connaître · texte numérisé non relu

Chateaubriand allait bientôt les faire connaître

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. 023

1. ''n avez pas le talent. Pour bien user de sa force, il faut connaître sa faiblesse. Il suffit de rendre la nature en prose pour être sûr de plaire. Voyez comme Xénophon intéresse* quand il décrit son passage à travers les âpres montagnes des Cadusiens couvertes de neiges, combattant nuit et jour contre leurs habitans, manquant de vivres et poursuivi par ies Perses.-

Vous avez vu de plus beaux pays que Xénophon. Décrivez-nous ces lieux qui semblaient destinés au bonlieur, ces îles fortunées des Antilles où il n'y a point d'hiver, où les vergers donnent des fruits sans être gretl'és, où la nature a suspendu aux arbres tous ce qui est nécessaire à la vie humaine*, des vases de toute espèce sur le calebassier, des cordages dans les Uanes du pays, sur quelques-unes de ces lianes des fontaines végétales placées sur les montagnes arides, une laine plus fine que celles des brebis sur le cotonnier, du lait et du beurre dans le coco, un pain prêt à cuire dans la patate, un sucre plus doux que le miel dans la moelle d'un roseau. Faites-nous admirer ces convenances ravissantes, et ces dédommagemens de l'auteur de la nature accordés aux pays chauds, où les troupeaux sont sans toison et presque sans lait, où les herbes des prés offrent peu de fleurs à l'abeille, où les moissons sont exposées aux ouragans.

L'homme semblait devoir vivre dans l'innocence dans un pays où la nature lui avait donné tous ses besoins sans l'obliger de faire tort à aucun animal; cependant les malheurs de l'humanité y sont à leur comble. Si vous vous sentez la vertueuse indignation d'un Juvénal, peignez-vous le sort afl'reux des nègres dont l'esclavage renferme tous les maux, et l'odieuse licence des blancs dont l'oisiveté produit tous les vices.

Ou plutôt représentez-vous les laborieuses familles de nos pauvres paysans chassées de toutes les terres par les grands

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