FIERTE ET INDEPENDANCE
A M(»<siEUR Odoghartt de Làtodr.
Paris, 7 novembre 1806.
Vous avez bien raison; il m'est fort indiflërent que I; hommes du jour me fassent passer pour un imbécile. C'est me rendre mon rôle facile à jouer, si j'étais homme à «mi jouer un. Je ne ferai aucuns frais ni pour soutenir, ni pour détruire cette belle réputation. Je trouve cela trop commode pour y rien changer.
Que voulez-vous, mon ami? il n'y a point de fruit qui n'ait son ver, point de fleur qui n'ait sa chenille, point dr plaisir qui n'ait sa douleur : notre bonheur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé.
Ma fierté naturelle est assez satisfaite de quelques non bien fermes que j'ai prononcés dans ma vie *. Mais j'entends qu'on se plaint, qu'on gémit, qu'on m'accuse. On me vou-
1. Il refusa sous le Consulat la place de sénateur, et sous l'empire la Légion d'honneur, il repoussa sans fracas mais avec une inflexible fermeté toutes les avances de Bonaparte, et les faveurs de Napoléon. « Je suis catholique, pgèle, républicain et solitaire, di-
sait-il : voilà les élémcns qui me composent et qui ne peuvent s'arranger avec les hommes en société et avec les places. » Son républicanisme cependant s'acconnnodaii de la monarchie légi'.imo : il accepta de Louis XVIH la Légion d'honneur, et une pension.
drait autre que je ne suis. Qu'on s'en prenne au potier qui a façonné ainsi mon argile!
Soyez assuré, mon ami, que je n'ai nul souci sur l'avenir. J'ai du bois pour une moitié de mon hiver, un quartaut de vin dans ma cave, et dans mon tiroir de quoi aller deux mois. Mon petit dîner, qui est mon seul repas, est assuré pour quelque temps, comme vous le voyez; et je le prendrai, autant que je pourrai, chez moi, et à la même heure.
Mon revenu, tout chétif qu'il est, suffit à peu près aux dépenses d'un homme pour qui les besoins de convention n'existent pas. Ne conservez donc aucune inquiétude, et dites-vous qu'il me faut bien peu de chose, et pour bien peu de temps.
Mais le chapitre des accidens, des maladies? A cela je réponds cjue celui qui nourrit les oiseaux saura bien aussi venir à mon aide.